Extrait
Retour à Peshawar
Un reportage, c'est toujours quelque chose qui va crescendo.
Celui-là commence avec la sonnerie de mon portable enfoui dans ma poche, alors que je me promène au jardin du Luxembourg. Qui peut bien m'avoir laissé un message ce dimanche, en fin de matinée ? C'est la responsable du desk Étranger. Elle sort d'un comité de rédaction, où le patron du journal a demandé que je me rende au plus vite au Pakistan. Quatre jours auparavant, le mercredi 26 novembre 2008, Bombay a été victime d'un raid terroriste venu de mer, ayant fait 170 morts. Un des attaquants a été pris vivant par la police indienne. C'est un Pakistanais.
Le terroriste a avoué appartenir au Lashkar-e-Taiba («les Soldats de la Pureté»), une organisation islamiste cachemirie. Pendant les années 90, les militants du Lashkar furent secrètement entraînés et financés par l'ISI (Inter Services Intelligence, services secrets de l'armée pakistanaise), pour aller fomenter l'insurrection musulmane dans la partie indienne du Cachemire. En 2002, sous la pression des États-Unis, le général Moucharraf, le dictateur militaire pakistanais de l'époque, dissout tous les mouvements cachemiris prônant la lutte armée contre l'Inde. Mais il les a laissés se reconstituer discrètement à partir de 2005, après que Delhi eut refusé les offres d'ouverture d'Islamabad.
L'attaque terroriste de Bombay a immédiatement un énorme impact. Les écrans de télévision du monde entier montrent les flammes qui sortent du Taj Mahal, l'hôtel de luxe le plus célèbre du pays, ainsi que la contre-attaque un peu cafouilleuse des forces spéciales indiennes. Interviewés par les caméras de la BBC, les citoyens de Bombay réclament que leur pays fasse la guerre au Pakistan. La secrétaire d'État américaine se précipite à Delhi puis à Islamabad, pour calmer le jeu entre les deux puissances militaires nucléaires d'Asie du Sud.
Washington veut à tout prix éviter la réédition du scénario de décembre 2001 où, après une attaque du parlement de Delhi par un commando du Lashkar, on avait été à deux doigts d'une nouvelle guerre indo-pakistanaise. La diplomatie américaine réussit : les Indiens ne déplacent aucune troupe vers la frontière ; les Pakistanais peuvent maintenir leur armée sur le front ouest, qui est celui du combat antitaliban dans les zones tribales frontalières de l'Afghanistan.
Un reportage, c'est toujours quelque chose qui va crescendo.
Celui-là commence avec la sonnerie de mon portable enfoui dans ma poche, alors que je me promène au jardin du Luxembourg. Qui peut bien m'avoir laissé un message ce dimanche, en fin de matinée ? C'est la responsable du desk Étranger. Elle sort d'un comité de rédaction, où le patron du journal a demandé que je me rende au plus vite au Pakistan. Quatre jours auparavant, le mercredi 26 novembre 2008, Bombay a été victime d'un raid terroriste venu de mer, ayant fait 170 morts. Un des attaquants a été pris vivant par la police indienne. C'est un Pakistanais.
Le terroriste a avoué appartenir au Lashkar-e-Taiba («les Soldats de la Pureté»), une organisation islamiste cachemirie. Pendant les années 90, les militants du Lashkar furent secrètement entraînés et financés par l'ISI (Inter Services Intelligence, services secrets de l'armée pakistanaise), pour aller fomenter l'insurrection musulmane dans la partie indienne du Cachemire. En 2002, sous la pression des États-Unis, le général Moucharraf, le dictateur militaire pakistanais de l'époque, dissout tous les mouvements cachemiris prônant la lutte armée contre l'Inde. Mais il les a laissés se reconstituer discrètement à partir de 2005, après que Delhi eut refusé les offres d'ouverture d'Islamabad.
L'attaque terroriste de Bombay a immédiatement un énorme impact. Les écrans de télévision du monde entier montrent les flammes qui sortent du Taj Mahal, l'hôtel de luxe le plus célèbre du pays, ainsi que la contre-attaque un peu cafouilleuse des forces spéciales indiennes. Interviewés par les caméras de la BBC, les citoyens de Bombay réclament que leur pays fasse la guerre au Pakistan. La secrétaire d'État américaine se précipite à Delhi puis à Islamabad, pour calmer le jeu entre les deux puissances militaires nucléaires d'Asie du Sud.
Washington veut à tout prix éviter la réédition du scénario de décembre 2001 où, après une attaque du parlement de Delhi par un commando du Lashkar, on avait été à deux doigts d'une nouvelle guerre indo-pakistanaise. La diplomatie américaine réussit : les Indiens ne déplacent aucune troupe vers la frontière ; les Pakistanais peuvent maintenir leur armée sur le front ouest, qui est celui du combat antitaliban dans les zones tribales frontalières de l'Afghanistan.
Revue de presse
Le grand charme de l'ouvrage de Girard tient à ceci : du récit de ses innombrables voyages, il ne fait jamais une symphonie héroïque. Son talent est de ne pas cacher au lecteur la réalité : un reportage est d'abord une somme de formalités, de contraintes, d'imprévus. Ensuite seulement une succession de rencontres et - miracle ! - parfois une boîte à scoops. Il ne s'en cache pas : la peur n'est jamais loin. Sans fard et sans pose, il raconte l'angoisse qui s'empare de lui au contact d'un guide énigmatique. L'inquiétude d'être seul au milieu de la résistance tchétchène, obligé de gagner la frontière géorgienne à pied dans la neige. Ses meilleurs reportages, il les a souvent rédigés d'une plume trempée dans la sueur de l'effort et de l'effroi. Le téléphone portable et Facebook ne changent rien à la condition du reporter : dans les Montagnes blanches ou au fond de la vallée de la Kapissa, l'homme est seul, chargé d'être les yeux de ses lecteurs. (Etienne de Montety - Le Figaro du 21 octobre 2010 )
Grand reporter au Figaro, Renaud Girard se rend à Peshawar fin 2008. L'auteur est venu saisir, toucher dans cette ville un peu de la complexité d'une situation pakistano-afghane qui relève du billard à plusieurs bandes. Il le fait à la façon de ces voyageurs européens du XIXe siècle qui prenaient leur temps pour visiter l'Orient. Girard "s'installe" dans les zones de guerre qu'il visite - et cela fait près de vingt-cinq ans qu'il vient dans la région. Il a ses hôtels, ses restaurants, ses relations, bref, ses habitudes. Il s'imprègne, respire l'air du lieu, et cette lenteur sied à une région où les choses et les hommes ne s'expliquent que par une référence constante à l'histoire...
Retour à Peshawar questionne le présent d'une guerre impossible. (Alain Frachon - Le Monde du 5 novembre 2010 )
Grand reporter au Figaro, Renaud Girard se rend à Peshawar fin 2008. L'auteur est venu saisir, toucher dans cette ville un peu de la complexité d'une situation pakistano-afghane qui relève du billard à plusieurs bandes. Il le fait à la façon de ces voyageurs européens du XIXe siècle qui prenaient leur temps pour visiter l'Orient. Girard "s'installe" dans les zones de guerre qu'il visite - et cela fait près de vingt-cinq ans qu'il vient dans la région. Il a ses hôtels, ses restaurants, ses relations, bref, ses habitudes. Il s'imprègne, respire l'air du lieu, et cette lenteur sied à une région où les choses et les hommes ne s'expliquent que par une référence constante à l'histoire...
Retour à Peshawar questionne le présent d'une guerre impossible. (Alain Frachon - Le Monde du 5 novembre 2010 )
