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4.0 étoiles sur 5
Face à sa traîtrise, 31 octobre 2011
Sorj Chalandon avait déjà évoqué la vie de son ami, Denis Donaldson dans Mon traître publié en 2008. Ici, l'auteur nous livre une fiction biographique de Tyrone Meehan, membre de l'IRA qui en viendra à trahir en collaborant avec le MI5 et le Special Branch, ce qui évoque bien entendu le destin de Donaldson. Ce récit alterne la voix de Tyrone à ses derniers jours, reclus en la maison de son père à Killybegs et celle du jeune Tyrone qui s'engage auprès des jeunes républicains comme Tom Williams. Depuis le suicide de son père Pat, homme violent par l'alcoolisme mais engagé, jusqu'à son acte de traîtrise, Tyrone Meehan symbolise les points forts de l'IRA. Les combats entre catholiques et Britanniques, les emprisonnements, la torture, les grèves de la faim pour obtenir le statut de prisonniers politiques, tout traduit l'engagement complet des hommes et des femmes de l'IRA. Le second volet de ce roman est la réflexion d'un homme obligé de trahir pour garder un secret, pour protéger les siens, pour empêcher la mort des gens qu'il apprécie ou pour éviter des morts violentes suite aux bombes artisanales. Tyrone Meehan semble chercher tous les motifs pour atténuer ou justifier son acte. Cet enchaînement est très bien amené par l'auteur jusqu'au dénouement. J'ai beaucoup apprécié les conversations sur la traîtrise avec le Père Byrne qui compare le rôle de Tyrone à celui de Judas. " Comme le Christ avait besoin de l'iscariote, ton pays avait besoin de toi." La discussion avec son fils Jack est elle aussi très forte et émouvante. Comment les membres de la famille engagée de père en fils peuvent-ils comprendre cet acte ? Les amis ont-ils été manipulés par ce traître? En plus du témoignage historique, ce roman est une fabuleuse histoire d'homme, histoire d'un engagement qui va jusqu'à l'acceptation de la déchéance humaine. Ce roman a obtenu le Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2011.
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Le vent se lève, 19 novembre 2011
Le traître, ici, est Tyrone Meehan, gars du pays de Killybegs. Suite à une bévue (?) inexplicable, Tyrone ne comprenant pas son geste mais tout en lâcheté, garde l'ultime vérité pour lui, vérité que ne divulguerait aucunement l'IRA (groupe armé dont il est membre) après avoir sacralisé la victime au ban des martyrs. Tyrone vit par omission, jusqu'au jour où il est contacté par les agents britanniques en quête d'infiltration et de bons indicateurs. L'intrigue oscille entre le passé obscur de Tyrone et son présent de vieillard acariâtre. Outre l'instrumentalisation de la faute, ce qu'il y a de remarquable dans le récit, demeurent l'aisance et l'acuité dont fait preuve Sorj Chalandon, à extraire en chacun de ses personnages la complexité de leur âme, de leur vie irlandaise, de leurs choix liés à l'intime. L'intrigue loin d'être manichéenne, nous les présente, chacun possédant une part d'ombre et de lumière. On les voit évoluer, on ne les déteste pas et on arrive même à les comprendre. On les survole et on admire leur dignité souveraine. La force d'écriture de l'auteur reste la description quasi-chirurgicale des états d'âme du héros : est-ce trahir que de sauver des vies ? D'un certain point de vue (qui peut s'entendre), le « gentil espion aux ordres des Britanniques » n'a-t-il pas œuvré pour une paix préférable ? Ce conflit anglo-irlandais, loin d'être réglé, montre la difficulté de communiquer en temps de guerre, de s'affranchir de trahisons multiples. Rien n'est simple ou prévisible, sauf peut-être la parole non tenue des dignitaires britanniques. Reste toutefois une question pleine et entière : pourquoi ce geste sur Danny ? Vous préciser que ce livre est une pépite me paraît superflu. Véritable pendant littéraire complet et magnifique du subtil film Le vent se lève de Ken Loach sur la question irlandaise, Retour à Killybegs ne nous apporte que du bonheur.
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5.0 étoiles sur 5
Coup de coeur, 31 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Retour à Killybegs (Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2011) (Format Kindle)
Retour à Killybegs raconte la version de Tyrone Meehan, cet homme qui a trahi le narrateur de Mon Traître, en même temps que sa famille, ses amis, son pays. Tyrone nous raconte son enfance, la difficulté d'être catholique en Irlande du Nord où il doit vivre après la mort de son père: "Il rentrait du lycée, en uniforme catholique, avec sa cravate rayée d'ocre et le blason de Saint Comgall. Le trottoir était encombré de gravats. Il avait hésité, puis traversé la rue, passé la frontière invisible qui séparait les deux communautés. Et marché en face sur le trottoir protestant." Je vous laisse découvrir ce qui arrive à cet ado. Voilà un monde où le protestant hait le catholique et le catholique hait le britannique, et cela de génération en génération. Le destin de Tyrone est de servir l'IRA et il y met tout son coeur. Servir l'IRA, c'est découvrir une solidarité impressionnante, mais c'est aussi tuer et accepter d'aller régulièrement en prison. Et pourtant, Tyrone n'est pas une machine: quand il rencontre un britannique, il oublie parfois que "sous ce casque de guerre, il ne pouvait pas y avoir un homme, mais seulement un barbare". C'est un monde où chacun a son rôle: le soldat de l'IRA veille sur les familles (elle punit les violeurs), sur la terre tandis que le curé essaie de ramener son troupeau à l'église, et ce n'est pas facile quand le troupeau a du sang sur les mains. Les Britanniques surveillaient nos gestes, l'IRA surveillait nos engagements, les curés surveillaient notre pensée, les parents surveillaient notre enfance et les fenêtres surveillaient nos amours. Je ne vous dirai pas comment Tyrone Meehan, ce soldat de l'IRA devînt un traitre mais je peux vous le dire, pour la première fois,j'ai aimé un membre de l'IRA. Ce roman m'a prise à la gorge dès le départ. Je l'ai lu en apnée, happée cette Irlande que Sorj Chalandon aime tant, mais aussi par sa plume, si belle. En voici un exemple: J'ai eu un mouvement du menton, rien du tout. Juste une feuille qui tremble sur son bout de branche. Happée par des rencontres comme celle entre Tyrone et son ami d'enfance devenu curé. J'ai aimé aussi Sheila, ce très beau portrait de femme qui porte en elle toutes les femmes ou mères des membres de l'IRA. Moi qui ai toujours refusé de comprendre tout acte terroriste, Sorj Chalandon a réussi à me faire comprendre comment ces hommes meurtris par la politique britannique en arrivaient à de telles extremités. Et pourtant, ce roman pointe aussi du doigt les failles de l'IRA qui n'hésite pas à soutenir l'Allemagne nazie: "Quel pays pour nous défendre? L'Allemagne d'Hitler? Bravo! Quelle grande leçon de politique! Soutenir tout ce que notre ennemi combat? C'est ça? La danse avec le diable pour le reste des temps?" Voilà un roman où revient régulièrement la comparaison avec les Oiseaux d'Hitchcock car l'Irlande et ce film sont liés par la peur. Mon mari l'a fini hier et l'a aussi adoré
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