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Un magnifique horizon se profile, 19 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Retour sur l'horizon : Quinze grands récits de science-fiction (Broché)
Science-Fiction. Voilà bien un genre souvent décrié, souvent mal aimé, souvent conspué. Mais aussi un genre avant-gardiste, dont les problématiques ont embrasé l'imagination de nombreuses générations de lecteurs. A l'heure du XXIème siècle, entre crise financière et bouleversement éditorial, qu'est-elle devenue cette science-fiction qui nous a tant fait rêver ? Où sont nos Asimov et nos Simak ? Qui pour prendre le flambeau tendu depuis les profondeurs du passé d'un Orwell ou d'un Bradbury ? Y a-t-il même encore quelqu'un ? Petit Retour sur l'horizon pour voir plus loin et savoir enfin si la science-fiction est bel et bien morte...Voici bientôt 11 ans, paraissait une anthologie au Fleuve Noir, intitulée Escales sur l'horizon. A cette époque, Serge Lehman voulait en faire le manifeste de la science-fiction francophone, réunissant des auteurs aussi prestigieux que Ayerdhal, Sylvie Denis , Laurent Genefort ou encore Thomas Day. Coïncidence, ce dernier allait devenir le directeur d'une des plus prestigieuses collections de l'imaginaire français : Denoël Lunes D'encre. Nous sommes aujourd'hui en 2009 et Lunes D'encre célèbre ses dix ans. C'est l'occasion pour Serge Lehman et Gilles Dumay de se retrouver pour une toute nouvelle anthologie, nommée cette fois Retour sur l'horizon. Reprenant l'idée d'Escales sur l'horizon, Lehman réunit ici un instantané du panel science-fictif français. Ce recueil se veut rassembler le meilleur de notre époque, débutant ou confirmé. Alors que la couverture de l'illustrateur phare de la collection, Manchu , donne clairement le ton de l'anthologie, il reste à voir si les 15 auteurs réunis pour cet anniversaire tiennent toutes leurs promesses.
Comme il se doit, le recueil s'ouvre sur une longue préface de l'anthologiste Serge Lehman. Celui-ci nous offre une analyse peut-être inattendue puisqu'il ne s'agit pas à proprement parler d'un retour sur les dix années passées mais sur le genre science-fictif lui-même. Analysant les raisons de la ghettoïsation de la SF avec plus ou moins de justesse (l'argument de la métaphysique n'étant pas pleinement convaincant), il a le grand mérite de rappeler l'ancienneté de ce genre et surtout le changement de taille qui se profile : la SF n'est pas morte, elle a bousculé les barrières. Captivant et souvent pertinent.
Comment ouvrir une anthologie telle que celle-ci, si ce n'est par un hommage à un des auteurs les plus connus et reconnus du genre, Philip K. Dick. Car oui, vous le connaissez forcément : auteur de Ubik, Le maître du Haut Châteauou encore Substance Mort; adapté sur les écrans par des films aussi connus que Minority Report, Blade Runner ou Total Recall. Pour cette tâche des plus gratifiantes, ce sont deux compères qui se sont associés : Fabrice Colin d'une part, auteur de Comme des Fantômes et surtout qui fait l'actualité avec la parution de La Brigade chimérique (en association avec l'anthologiste Serge Lehman) et Emmanuel Werner, l'auteur d'Infabula. Ce qui reste du Réel de Fabrice Colin évoque la frustration de celui-ci de ne pas pouvoir participer à la présente anthologie, en effet il aurait trouvé son propre texte dans une enveloppe dans le Colorado, problème : ce n'est pourtant pas lui qui l'a écrit... Si le texte est très bien mené, dans la droite lignée de Dick, il reste pourtant anecdotique puisque beaucoup trop court, ne servant que de base pour celui D'Emmanuel Werner. Intitulé Effondrement partiel d'un univers en deux jours, le lecteur plonge la tête la première dans le récit d'une femme qui ne sait plus qui elle est, où elle est, pourquoi elle est. C'est à l'occasion de sa rencontre avec une femme mystérieuse et cet étrange homme prénommé Philip qu'elle commence même à douter de ce qu'elle est ! Dans la plus pure tradition dickienne, la combinaison des deux textes nous met la tête à l'envers et donne le tournis. Werner réussit à livrer le parfait prolongement du récit précédent, en se positionnant même un net cran au-dessus. Mettons cependant un bémol, à savoir si le novice en SF trouvera ici vraiment un texte fort ou plutôt désuet.
C'est Eric Holstein, jeune auteur avec la parution récente du roman vampirique Petits arrangements avec l'éternité mais habitué du monde science-fictif, qui reprend le contrôle de notre voyage avec son texte Tertiaire. Lorsqu'Emerson Mighty perd tous ses acquis et sa fortune par une mauvaise opération boursière, il y laisse jusqu'à son nom, et littéralement. Le monde ici imaginé pousse à l'extrême la monétisation des biens et services. Tout s'achète : voitures, maison, enfant, femme... Absolument tout. Emprunt d'un humour sous acide dans la peinture de notre société, le récit enchaîne les plus grandes absurdités qui, étrangement, nous paraissent de plus en plus envisageables à l'heure actuelle. Ajoutons l'écriture fluide d'Eric pour finir de nous réjouir avec cette très bonne petite nouvelle.
Ce courant satirique science-fictif se retrouve également chez Catherine Dufour. Nul besoin de présenter celle qui nous a fait rire avec son cycle Quand les Dieux buvaient... et qui nous a scotché avec le magnifique Le goût de l'immortalité. Avec Une fatwa de mousse de tramway, on découvre que la vente d'éléments pour une centrale nucléaire est toute entière basée sur le profit et la considération personnelle. Quand bien même ceux-ci occasionnent des fuites radioactives et mettent en danger la vie de milliers de personnes. Sous son humour caustique habituel, Catherine dénonce le réel avec son talent coutumier et sa plume reste toujours aussi efficace même si on en attendait peut-être plus. Malheureusement, on mettra en avant deux objections majeures sur ce texte : la première concernant une fin perfectible et la seconde sur la redondance qu'induit la première objection avec le texte d'Eric Holstein. On peut bien sûr penser que l'anthologiste a voulu regrouper deux récits sur un même thème mais cela produit un effet de déjà-vu assez agaçant. Surtout lorsque l'on sait que la nouvelle précédente était d'un niveau supérieur. Vraiment Dommage...
Mais à cette étape, on peut légitimement se demander où est passée cette science-fiction qui a la tête dans les étoiles et le rêve perdu dans l'immensité spatiale. Jean-Claude Dunyach a justement choisi ce cadre pour la nouvelle intitulée Fleurs de Troie. L'ancien directeur de collection de Bragelonne SF et l'auteur d'Etoiles mortes, déjà au sommaire d'Escales sur l'horizon, choisit de présenter un texte où l'homme rencontre l'infini mais aussi le danger et l'inconnu. Alors que Moire, la femme de notre narrateur, décide de le quitter pour un monde virtuel qui se veut plus excitant qu'un monde réel devenu terne et lisse à ses yeux, celui-ci décide de noyer son chagrin en compagnie de Jo-Andra dans la recherche d'un gisement sur les astéroïdes qui entourent Jupiter. Une mauvaise rencontre va tout changer. Ce récit s'accomplit donc en deux temps. D'abord poétique et mélancolique avec une histoire d'amour qui s'étiole, il verse ensuite dans l'exploration spatiale et la découverte de l'hostile et l'envahissement inévitable. Le tout est bien ficelé mais la fin paraîtra terne. Il manque sûrement encore un petit quelque chose pour vraiment marquer mais il n'en reste pas moins un beau voyage.
Il y a un certain temps que l'appel à textes pour cette anthologie avait été fait. Dans celui-ci, Serge Lehman annonçait que chacun pouvait y participer, débutants comme confirmés. Louable intention que celle de donner leurs chances à ces inconnus que les aléas éditoriaux ne permettent pas toujours d'être publiés. Pour Maheva Stephan-Bugni, c'est chose faite avec sa courte nouvelle Pirate. Delme vit dans une société étrange et inquiétante, une société de bureaucrates, d'administration tentaculaire et de "protection" douteuse... Alors qu'il est arrêté pour des colis qu'il n'a jamais demandé à recevoir, cet artiste muselé s'interroge sur cet endroit dont il finira par sortir. Qui d'autre y est enfermé ? Pour un premier texte, le pari est brillamment relevé ! Tout en non-dits et en sous-entendus, avec une écriture simple et efficace, accompagné par une touche d'émotion à sa conclusion, le récit sombre de Maheva est une réussite. Il reste alors à confirmer bien sûr, mais qui sait, avec ce texte orwellien à souhait, le flambeau vient peut-être d'être passé...?
Alors que ces derniers écrits étaient tournés vers la fantasy avec Le royaume blessé ou sa récente participation à l'anthologie Rois et Capitaines, Laurent Kloetzer revient à la SF avec Trois singes. Yvan Legorre est prisonnier. Il nous confesse alors, non sans un certain humour, ce qui l'a mené ici. Ce qui a mené...
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