Flashback '78 : Vini Reilly est pas loin de l'internement en HP quand son pote Tony Wilson lui propose d'enregistrer des trucs pour son label fraîchement créé, le mythique Factory, responsable entre autres des essais de Joy Division et New Order. Reilly, qui traverse depuis la mort de son père deux ans plutôt une assez mauvaise passe faite de dépressions et d'une fâcheuse tendance à l'anorexie, rameute quelques connaissances et fonde les très situationnistes Durutti Column, nom emprunté à l'anarchiste Buenaventura Durutti qui fût le responsable de plusieurs destructions de villages pendant la guerre d'Espagne.
La très joyeuse troupe (enfin surtout Reilly) entre dans les studios et sous la férule du magicien Mancunien Martin Hannett enregistre son premier LP : "The Return Of The Durutti Column". Particularité : Vini Reilly, guitariste inventif et talentueux, préfère faire des morceaux instrumentaux assez tristes ("Requiem For A Father" est une ode funèbre pour son père) mais envoûtant, et assez répétitifs dans leur structure, voire quasi-hypnotiques, en cela aidé par son producteur qui mélange, triture, découpe différent effets pour rendre la musique du groupe encore plus mystérieuse et inclassable. L'album, qui est donc totalement dépourvu de voix (hormis un morceau ajouté à la réédition au milieu des années 90, mais que l'on ne s'y trompe pas : cette voix fait penser à un Ian Curtis qui aurait stoppé le prozac et serait debout sur un tabouret, une corde entre les mains), est typique de son époque : la (troisième) vague punk-rock ayant déferlé sur l'Angleterre avec son lot de promesse non-tenues, la musique se détache peu à peu du rock conventionnel (trois accords, etc.) se rapprochant d'autres genres dont le mélange (plus l'audace des compositeurs) donne naissance à un avant-gardisme, un rock expérimental baptisé post-rock.
Après ce chef d'œuvre Reilly, sous le nom des Durutti Column, enregistrera plusieurs autres très bons albums (dont le second "LC" et surtout "Vini Reilly" en 1989) en utilisant beaucoup d'autres influences et sons, ainsi qu'un tas de LP très moyens, conspués par le maître en personne. Mais jamais il n'attendra la perfection et la beauté de son premier essai.