No-man est le projet de Steven Wilson (Porcupine Tree) et du chanteur Tim Bowness: ce duo nous avait déjà livré un "Flowermouth" très moyen en dépit de nombreux invités de renom (Robert Fripp entre autre). Bien décidés à redorer leur blason, nos deux lascars passent avec "Returning Jesus" à un stade supérieur.
No-man fait de la musique complexe certes, mais là où "Flowermouth" mêlait rythmiques dance-floor et bavardages techniques inutiles, "Returning Jesus" se montre d'une douceur agréable tout en étant nimbé de l'aura mystérieuse propre aux nouvelles musiques progressives. Du jazz, des claviers lancinants, la voix cajoleuse de Bowness et une créativité à toute épreuve font de ce disque une perle de pop-progressive brodée dans un tissu sonore floydien.
L'auditeur ne va pas tarder à la remarquer, la somnolence n'est jamais très loin. "Only Rain" ouvre l'opus et pose d'emblé les bases: au loin des trompettes lointaines évoquent l'image d'une ville ensommeillée, tout en apportant au minimalisme du propos une touche jazz très agréable. L'album comporte des titres pop classieux où cette influence vient parfois pallier un manque d'imagination. A ce titre, la petite trompette sauve les deux premiers morceaux de la banalité. Dans ce registre lumineux, on notera quelques perles, comme "Close Your Eyes" sur laquelle on se laisse transporter par des percussions tribales, d'où émanent les riffs cotonneux de Steven Wilson.
Si No-man se veut l'expression d'un bien être et d'une sérénité relativement profonde, l'inquiètude vient fourrer son petit nez pour mon plus grand bonheur. Dans ces moments, cette pop toujours soyeuse comme le nounours "cajoline", nous pénètre d'avantage et nous mène dans les contrées mystérieuses du rêve. Du cinquième au septième titre s'amorce une mécanique pessimiste, tout d'abord avec un "Outside The Machine" que n'aurait pas renié Coldplay. Le piano pose des accords simples, mais décisifs, alors que le refrain mélancolique démontre, s'il en est encore besoin, le talent de Bowness. Puis vient le morceau éponyme, le chef d'oeuvre de la galette. Après s'être élevé vers le ciel sous les coups de cette première partie dopée au valium, le rêveur réalise qu'il s'est élevé trop haut. "Returning Jesus" raconte cette longue chute des corps, comme filmée au ralenti. Ce morceau ne s'écoute pas, il se vit. "Slow It All Down" accélère le tempo sur un instrumental jazz inquiétant, histoire de nous amener doucement vers des contrées plus enthousiastes.
La cuvée No-man de 2001 est excellente.Ceci-dit préparez le coup, n'hésitez pas à vous faire plusieurs cafés, ce disque est l'oeuvre de deux romantiques et vous convie certainement à sombrer dans le songe.