Amazon.fr
IAM, le retour. Les parrains du rap français viennent daccoucher de leur cinquième album, étoffé par les expériences diverses des uns et des autres. Il sagit dun album dune richesse étourdissante, contenant pas moins de 17 titres, souvent plus lourds ("Jai lverbe triste, la plume grise
") et plus alarmistes quà laccoutumée. Mais les trois partent dans de multiples directions, débitant leur flow à une cadence industrielle, à y perdre haleine. Voilà pourquoi on peut parler dun disque riche ; il faut y revenir, sy replonger. Car il ne sagit pas dun album de tubes, même sil renferme "Noble Art", le single, chanté avec deux des plus puissants MC du hip-hop US : Method Man et Redman. En effet, véritable bombe funky, ce hit ne reflète pas du tout la couleur dun album plutôt sombre assorti de quelques touches delectro.
En six ans dintense cogitation, le trio désormais mythique de la Canebière a eu le temps daccumuler les rancurs et de les traduire en rimes, de ressasser le passé et de formuler son amertume (Le Fruit de la rage", "Jaurais pu mettre plus de string dans mes écrits mais lcur commande la main"). On est loin des bouffonneries du Mia ("Jai injecté du sens dans mes vers
du nerf dans mes termes") et des fables métaphoriques des précédents opus. Ici, à limage des derniers albums dAkhenaton
Sol Invictus et
Black Album, le ton est aux récits sombres et crus dune réalité sinistre (la cité, lexclusion
) qui ne cesse de hanter lesprit des trois rappeurs. Toujours aussi fiers, ils nont jamais autant revendiqué la qualité (supériorité ?) et la pertinence de leur clan ("Le mieux cest qutu fasses place, le hip-hop lâche à nouveau ses lames les plus fines
"), renouant avec un des stéréotypes du rap, et clamant une détermination à tous égards, faisant de lespoir leur principale force. Bruno Coulais, lui, même sil ne produit pas lintégralité des morceaux, insuffle à nouveau le son si caractéristique du groupe : ambiances cinématiques et boucles mélancoliques.
--Luc Demont
Critique
Six ans et de nombreux projets solo se sont écoulés depuis
L'école du Micro d'Argent. Le groupe s'est pourtant remis à l'ouvrage accompagné de Bruno Coulais, comparse de Chill sur la bande originale de
Comme un aimant et auteur de nombreuses musiques de films, qui a largement participé à ce quatrième album. Il est en effet arrangeur sur presque la moitié des titres. Il apporte son talent dans la direction d'orchestre et sa connaissance des instruments traditionnels. Imothep, « l'architecte musical », semble, pour sa part, avoir pris un peu de recul. Le premier sentiment qui vient à l'écoute de
Revoir Un Printemps est l'américanisation des rappeurs marseillais. IAm a toujours été attiré par les Etats-Unis et sa Mecque du Rap, New-York. Ce fut sûrement comme un rêve d'y enregistrer plusieurs titres, même si le groupe avait déjà travaillé outre-Atlantique. C'en fut un autre de croiser les rimes avec Method Man et Redman. Les « Blunt Brothers », figures incontournables du rap US, ont pris le chèque et posé un des coups de tonnerre de ce disque.
« Noble art », premier single, relève cet album avec sa lourde grosse caisse et sa flûte funky. Akhenaton et Kheops ont façonné cet instrumental agrémenté d'un refrain coup de poing. Beyoncé et de Syleena Johnson font aussi des apparitions. L'ex-Destiny's Child laisse voguer sa voix léchée sur une guitare électrique et une basse violente. Shurik'n et Akhenaton donnent alors un ton plus politique et critique. De son côté, la légende de la nu-soul lance le refrain d'
« Ici ou ailleurs » à l'instrumentation arabisante. Ces voix féminines constituent la surprise de cet album pour un groupe qui, sans machisme, n'avait pas invité de femmes sur ses précédents disques. Beaucoup de choses ont changé pour les combattants marseillais : finis les albums concepts ou les titres à l'humour grinçant. Les revendications n'ont toutefois pas disparues et les flows permettent toujours aux trois techniciens de dispenser leurs rimes avec talent en mélangeant savamment image et réalisme. La productivité est aussi à l'ordre du jour avec une vingtaine de titres, malheureusement inégaux avec des thèmes ou des mélodies manquant parfois de tranchant. La question de la légitimité est encore rabâchée, Shurik'n produit le titre
« Lâches » baigné d'un clavier variété douteux,
« Pause » est un exercice de style peu intéressant sur l'esprit du groupe et
« 21/04 » aborde un sujet épuisé et épuisant.
Plus séduisants,
« Fruits de la rage » avec deux visions de Chill et Joe qui se répondent en écho ou
« Second souffle » qui débute par une discussion qui part en freestyle et aboutit en concert. Une forme originale pour introduire les violons mélancoliques imaginés par Kheops.
Raphaël Richard - Copyright 2012 Music Story