"Les révoltés de l'an 2000"...un titre ringard et absurde au regard de son titre original traduit de l'espagnol: "Qui peut tuer un enfant?".
Un film d'une 1h45 qui tisse une trame intelligente et inattendue, déjouant tous les chichés et topos de l'épouvante classique; le film commence par de longues séquences documentaires en noir et blanc (qui alternent avec le générique)ostracisant les grandes guerres et génocides du 20e siècle dans le monde, exposant les enfants à la famine, à la violence et à la cruauté. Nous comprenons alors que le film n'ira pas vers le léger...ces séquences étant particulièrement éprouvantes. Par la suite, nous faisons la connaissance d'un couple assez sympathique et crédible qui arrive à Benavis en Espagne pour les fêtes estivales. L'épouse est enceinte de 6 mois...le mari, biologiste, décide de l'emmener vers une île méconnue des touristes, au large de Benavis , afin d'y retrouver le silence et une relative intimité car Benavis grouille de monde et de bruit. Entre-temps, deux cadavres de femmes arrivent par la mer sur la plage de Benavis, tailladés et poignardés...ce que le couple ignore.
Arrivés sur l'île, c'est un soleil de plomb qui les attend...l'action ne se fera pas de nuit, elle s'exposera au grand jour sous une lumière saturée et "cognante": seuls quelques enfants les voient arriver d'un mauvais oeil sur l'île, tout est désert, et il faudra se résoudre à l'horrible réalité du lieu qui veut que tous les enfants de l'île se sont débarrassés des adultes en les massacrant: pères, mères, aïeuls, touristes tristement égarés...Confrontés finalement à cette horreur exposée indirectement par des plans off encore plus malsains car suggérant l'inconcevable (la violence n'est jamais gratuite et sanguinaire, il ne s'agit pas d'un film gore), il est temps pour le couple de s'échapper...Cela implique de tuer des enfants...et d'affronter d'autres morts imparables de cruauté. La fin du film le fait basculer vers une apothéose de violence conceptuelle et graphique, jamais vue à l'écran, ce qui explique la censure tenace qui toucha longtemps ce film.
Pour autant, la maîtrise technique, l'originalité du propos, la qualité de la lumière et de la musique,l'engagement "politique" perceptible du réalisateur Serrador et les questions inhabituelles qu'il pose, en font un film-culte, un incontournable du film d'épouvante espagnol. A voir, surtout dans la version collector double DVD avec l'éclairage sur le film d'autres réalisateurs espagnols, la nouvelle garde qui rend hommage à ce grand cinéaste.