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Il n'est pas permis d'être maladroit lorsque la fin poursuivie est bonne, de perdre une guerre juste pour ne pas s'être donné les moyens de la gagner. En ce sens, Aristote reproche à Socrate de s'être laissé condamner et d'avoir sacrifié la justice réelle sur l'autel de la justice idéale, en refusant d'employer les armes de ses adversaires sophistes et de les retourner contre eux.
Aristote défend donc ici le bon usage de la rhétorique qu'il innocente à titre de moyen. Si la distinction platonicienne de la justice et de la rhétorique tient toujours, Aristote se refuse néanmoins à considérer celle-ci comme un pur simulacre. La rhétorique n'est pas à la justice ce que la cuisine est à la médecine ou la parure à la gymnastique. Elle n'est pas qu'un art de tromper, mais peut être efficacement utilisée pour faire triompher le Bien. Savoir dire ce qu'il faut quand il le faut, en sachant à qui l'on s'adresse, est même un devoir quand le discours est porté par une conviction morale.
Dans la Rhétorique, Aristote délaisse le ciel des idées pures pour analyser les effets réels du langage. Résolument actuel. --Paul Klein
Présentation de l'éditeur
La Rhétorique est un texte fondateur à bien des égards. Outre l'intérêt capital qu'elle présente pour les spécialistes de la civilisation grecque antique, elle constitue une mine d'informations et de questionnements pour les théoriciens du langage, pour les historiens ou les praticiens de ce qu'on nomme aujourd'hui « communication ». Mais son intérêt est surtout philosophique. Reconnaître l'importance de la persuasion dans les rapports sociaux et politiques, comme alternative à la violence et pour satisfaire ce que l'homme a d'humain ; reconnaître dans la persuasion la présence incontournable de l'opinion (doxa), analyser ses mécanismes, y introduire de la rationalité sans ignorer ni ses pouvoirs ni ses prestiges, telle est l'entreprise de savoir, de lucidité et de progrès à laquelle nous convie Aristote. Qui nierait sa brûlante actualité ?
