Disons le d'emblée, il n'est pas impossible que ces enregistrements produisent une impression déroutante sur les oreilles habituées à entendre le bon Jean-Sébastien... Des oeuvres pour violon, hautbois, flute ou clavecin revisitées à l'accordéon ou au bandonéon, voilà qui ne manque pas de sel.
Rien à voir ici en tout cas avec les interprétations très libres du trio jazzy du pianiste Jacques Loussier. Rien à voir non plus avec les vocalises éthérées qui firent la renommée des Swingle Singers dans les années soixante. Il s'agit ici d'une exécution extrêmement rigoureuse et fidèle des partitions du maitre de Leipzig. Hormis la transcription pour quintette (accordéon, violon, alto, violoncelle et contrebasse), on retrouve à la lettre, ou plutôt à la note, cette musique si merveilleuse.
Passé l'effet de surprise, on ne peut qu'adhérer à cette entreprise, dont le premier des mérites est de montrer une fois encore l'universalité stupéfiante du génie de Bach. En définitive, aucune innovation ne saurait lui nuire, pourvu qu'elle soit réalisée avec talent et sincérité, ce qui est le cas de Galliano. J'aurais bien une toute petite réserve tenant aux limites de l'accordéon en tant qu'instrument, surtout par rapport au violon (concertos BWV1041 et 1060) ou au violoncelle (prélude de la suite no1 BWV 1001), mais Richard Galliano déploie de tels trésors de virtuosité, qu'il parvient quasi à les faire oublier.
Le résultat est donc magnifique, remarquablement cohérent grâce à l'équilibre parfait des cordes qui accompagnent l'accordéoniste. Enfin, la prise de son, ample, chaude et majestueuse, signée Deutsche Gramophon, est irréprochable, et contribue à rendre superbe cette re-création de l'univers inépuisable d'un des plus grands musiciens si ce n'est le plus grand, de tous les temps.