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Ce commentaire fait référence à cette édition : Richard Strauss : Ariadne auf Naxos (Ariane à Naxos) (CD)
Sinopoli n'a pas toujours eu les grâces de la critique, loin de là, surtout en France. Plus que ses choix esthétiques, c'est d'ailleurs sa compétence même de chef d'orchestre qui fut mise en cause. À la Sächsische Staatskapelle Dresden on peut faire confiance pour ne pas avoir forcément besoin d'un Boulez ou d'un Reiner pour jouer ensemble et juste, et une familiarité de 10 ans avec l'Italien a cimenté une collaboration de très haut niveau, le chef dynamisant l'orchestre, l'orchestre offrant un véhicule idéal aux idées du chef. On a peut-être droit ici à la meilleure prestation orchestrale enregistrée dans Ariane à Naxos, et ce dans une prise de son magnifique. Le chef semble d'ailleurs savoir exactement ce qu'il veut : un prologue à la fois fluide et vivant et un acte d'opéra tournant le dos à la comédie de caractère et s'acheminant de manière à la fois inéluctable et inattendue vers l'abstraction, c'est-à-dire vers l'absolu. La distribution est excellente et contribue à renouveler en profondeur l'approche de l'œuvre : Dohmen et le quatuor bouffon sont impeccables. Von Otter, moins charismatique que Seefried et Troyanos, jusqu'ici les meilleures interprètes du compositeur, en présente aussi une version plus désemparée et se coule remarquablement dans la direction du chef. Heppner fait souffler l'immense bourrasque requise, oblitérant le souvenir de ténors lyriques, même grands, "nageant" un peu dans le rôle de Bacchus, comme celui des héroïques trop bas et sombres. Elle aussi, Dessay balaie toutes ses devancières ou presque (Gruberova ?), se jouant des tongue twisters, chantant on sait comment, et faisant exploser la déchirure de Zerbinette. Seule Deborah Voigt est un rien en retrait, mais le rôle est un vrai piège : il y faut un vrai talent d'actrice sachant faire exister un personnage (prologue), et dans l'acte d'opéra trop long pour que la richesse sonore d'une grande voix ou la mise en valeur du mot d'une grande récitaliste suffisent à éviter l'ennui, eh bien il faut les deux. Voigt n'a guère que la première, mais le reste est tellement au-dessus du lot...
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