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5.0 étoiles sur 5
une interprétation de rêve, 18 février 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Richard Strauss - Der Rosenkavalier (DVD)
Pour tous ceux qui ne raffolent pas spécialement des mises en scènes "branchées"( et qui proposent généralement une transposition de l'oeuvre dans le temps) ce DVD répondra à leur attente. La mise en scène est tout à fait classique, l'action se déroule sous le règne de Marie-Thérèse, les décors rappellent ceux de la création à Dresde en 1911. Toute l'action est bien mise en place (et il s'en passe des choses !), respectant fidèlement les indications précises des auteurs, Strauss et Hofmannsthal eux-mêmes. Pourquoi pas après tout ? Et puis les costumes du XVIIIe siècle sont particulièrement seyants !
Nul n'ignore (du moins ceux qui se passionnent pour cet opéra), l'aura légendaire des représentations dirigées par Carlos Kleiber à l'Opéra de Vienne, avec différentes distributions, et dont ce DVD est justement l'un des témoignages. On ne peut rêver plus parfaite direction d'orchestre pour cette oeuvre d'une splendeur orchestrale inouie , où l'opulence le dispute à la grâce. Carlos Kleiber avait la particularité d'enflammer tous les musiciens et chanteurs qu'il dirigeait ( l'Isolde de Margaret Price, la Violetta d'Ileana Cotrubas !) :
Sans doute est-ce en raison de sa présence dans la fosse que les interprètes que nous avons ici donnent tous ce qui semble être le meilleur d'eux-mêmes, atteignant la perfection vocale et scénique.
Merveilleuse Felicity Lott ! Cela n'est pas du tout gênant que sa Maréchale paraisse un peu plus agée que celle décrite par Strauss, car après tout, imagine-t-on aujourd'hui une femme de 35 ans se laisser, par moments, atteindre par ce sentiment profond de nostalgie pour le temps qui passe, les choses qui s'enfuient ou que l'on n'aura tout simplement pas réalisées ? Ce rôle, peut-être le plus beau de toute l'histoire de l'Opéra, demande avant tout, bien sûr toute la perfection vocale requise pour rendre la beauté de la musique de Richard Strauss, mais aussi une implication réelle dans la psychologie du personnage. Felicity Lott en exprime toute la palette, tour à tour gaie, amère, rêveuse, mélancolique, généreuse .....
Pour le rôle d'Octavian, il est vraiment indispensable d'avoir une chanteuse qui soit scéniquement totalement crédible dans ce rôle travesti ( rien de plus insupportable que de voir un Octavian "efféminé" ! Ce qui peut passer pour Cherubino, ne passe plus du tout pour Octavian ! ) Sinon comment se laisser emporter par la flamme, la fougue du personnage ? Nous avons ici un Octavian idéal avec Anne Sofie Von Otter, qui possède en plus une grâce aristocratique des plus adéquates.
Barbara Bonney est une Sophie simple et délicieuse, déterminée, elle complète le trio féminin avec beaucoup de charme.
Tous les moments de grâce de l'oeuvre (monologue de la Maréchale, duos Maréchale/Octavian, Octavian/Sophie, trio final), sont idéalement rendus, les tessitures étant parfaitement maitrisées par chacune des 3 interprètes, avec des envolées vers l'aigü qui sont un pur régal, ne laissant jamais entendre aucune dureté.
Kurt Moll est formidable, impressionnant d'aisance sur toute l'étendue (et elle est grande !) de la tessiture, sachant faire du Baron Ochs un personnage plein de bonne humeur , sympathique malgré tout!
Seconds rôles parfaits.
Cette interprétation est une totale réussite, car elle restitue vraiment bien toute la magie du Chevalier à la Rose: nous plongeant dans l'ivresse pendant presque 3 heures, elle nous laisse ensuite, le temps que nous mettrons à passer à autre chose, avec un indéfinissable pincement au coeur, et l'envie, justement, de ne pas passer trop vite à autre chose.
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5.0 étoiles sur 5
Tout juste un rêve, 6 août 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Richard Strauss - Der Rosenkavalier (DVD)
Du DVD, je ne dirai pas grand chose, sinon qu'il me ramène vers un soir d'hier où, à Münich, j'ai assisté à un "Rosenkavalier" hallucinant. Il faut avoir vu Carlos Kleiber conduire un orchestre pour, vraiment, saisir qui se cachait sous cette énigme de perfectionnisme. Il souriait. Toujours. Il vivait dans la musique. Chaque détail de la partition revivait sous sa baguette; chaque pupitre résonnait et lui, avec cette élégance unique, dirigeait et écoutait. Et rêvait du rêve qu'il nous offrait. La distribution exceptionnelle de ce soir-là (Gwyneth Jones en Maréchale; Brigitte Fassbaender en Octavian, et Lucia Popp et Hans Sotin...)semblaient au-dessus des nuages alors que tous avaient travaillé comme jamais. J'ai eu l'honneur de lui parler environ 20 minutes après la rerésentation. Pas de musique, surtout pas, mais de la vie et des instants qui passent. Ce soir-là, il a sorti des radios d'un placard: il s'était fêlé quelque chose près de l'épaule droite et avait dirigé une oeuvre de 4 heures sans souffrir. Etant fille de médecin, j'étais abasourdie. Mais ce n'était rien. Etre devant son orchestre et ses interprètes avait agi sur lui comme un analgisant. Et de sourire encore...Un Seigneur.
Mon seul souhait, aujourd'hui que le "magicien" (comme Domingo le surnommait) a disparu, est que personne, surtout, ne sorte d'une boite de Pandore dont lui seul avait droit aux clefs, des enregistrements qu'il n'aurait pas voulu voir émerger, histoire de faire du fric. Respectons-le, il nous a tout donné.
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