La symphonie alpestre est une oeuvre rare, difficile, et qui exige une grande clarté dans le propos, comme souvent chez R. Strauss. Gigantesque poème symphonique d'une heure, chef d'oeuvre de la musique à programme, elle agence 22 sections en une arche sonore cyclique qui donne envie, la symphonie terminée, de recommencer le voyage.
Dans cette page virtuose, Karl Boehm est brouillon et décevant (DG, en coffret) en comparaison avec d'autres versions, comme celle de R. Kempe avec la Staatskapelle de Dresde. Cette très belle version (EMI, en coffret), fougueuse, ne manque pas d'allure. Néanmoins, face à ces interprétations célébrées par la critique, Karajan mérite amplement le détour.
Il est de bon ton de critiquer le dernier Karajan, celui des années 1980 : il recommencerait ses disques par manie technique, sans pour autant retrouver le souffle et l'inspiration de ses interprétations précédentes. Ecoutons d'abord ce disque qu'il faut bien payer au prix fort d'une "collection gold", il est vrai. Faut-il bouder notre plaisir devant une telle splendeur sonore ? Les cuivres ne sont pas aigres comme chez Kempe, les cordes de Berlin ont un velouté unique. La prise de son est superbe, assez profonde pour placer à l'arrière-plan les cloches de vaches "sur le paturage".
Karajan, en habitué des oeuvres de Strauss, fait varier les atmosphères : inquiétude de la nuit, charme champêtre de la promenade, enthousiasme de l'ascension, explosion de lumière au lever du soleil, acharnement de la tempête... Il sait pointer les mélodies, faire ressortir la poésie de certaines pages. Grandiose, son interprétation étage les nuances, et le tempo assez retenu ne manque pas d'allure. La force expressive de certains passages, comme l'arrivée au sommet, est indéniable.
Cette superbe version ne manque pas d'allure. Elle n'est pas économique, mais comme on ne se lasse pas d'une telle splendeur, l'investissement est vite rentabilisé.