A l'écoute de cette Symphonie Alpestre (Londres, juin 2008), on remarque deux choses. D'abord l'usage par Bernard Haitink du magnifique orchestre dont il dispose, le London Symphony, d'une manière qui sert la caractérisation descriptive: la cascade jaillit et nous éclabousse, l'air est saturé d'électricité, le tonnerre gronde, le soleil se couche sous nos yeux. Cette interprétation ne tombe pas dans l'anecdote, mais elle est riche en résonances synesthésiques. La seconde est, outre son fini, (déjà, le dosage des aigus et des graves, dans la préparation initiale du lever du jour), la vigueur de la direction de Haitink. Le chef nous offre un Strauss décidé, qui respire à plein poumons l'air des cimes. Mais dans l'univers du compositeur, l'exaltation de la vie et l'acceptation de la mort doivent aller de pair, et la tombée du jour et le retour au silence s'imposent ici à l'auditeur avec une évidence glacée. On n'oublie certes pas Richard Strauss lui-même (la vie même à Munich en 1936, chez Music & Arts, un document qui mérite d'être célèbre), ni Mravinski ; mais on ne regrette pas d'avoir choisi en Haitink un guide alerte et sûr pour visiter les sommets.