Ce coffret économique ne contient pas de livret, mais une simple notice avec synopsis. Vous pouvez trouver actuellement une autre présentation, pourvue d'un livret sur CD-Rom, mais il s'agit du même - célèbre - enregistrement de décembre 1956. Il est déjà stéréo, mais l'effet stéréo est assez discret. Depuis plus de 50 ans et malgré beaucoup de concurrents, cette version continue de tenir le haut du pavé.
Dès l'introduction orchestrale, on est fixé sur la conception du chef, lyrique et sensuelle, avec un son très rond, aussi parce que c'est le Philharmonia, déjà une tendance au legato, des vents qui paraissent privilégiés, une impression très globale, qui s'oppose à la perspective sonore de l'enregistrement du rival Erich Kleiber. On ne dira pas que c'est un hors-sujet, mais cette sensualité s'ajoutant à celle de l'oeuvre peut concourir à la minimisation du Chevalier à la Rose, opéra qui, venant après Elektra, marqua le retour de Richard Strauss vers un langage moins agressif, plus consonant, ajouté à un certain pittoresque luxueux d'opéra historique qui en plus ne se refuse pas l'anachronisme de la valse, bref, tout ce qui s'appelle "réaction" aux oreilles des tenants des avant-gardes. Ajoutons que cette oeuvre n'a pas toute l'ambiguïté, ouvrant sur l'infini des possibilités, de quelques autres comme Ariane à Naxos, encore que le mélange de sourires et de larmes qui caractérise la fin de l'opéra puisse en tenir lieu. On comprendra sans les excuser les gorges chaudes que firent quelques cultureux ou intellectuels quand un ministre de la Culture déclara que c'était son opéra préféré. On oubliait la modernité féministe du traitement de l'intrigue qui, quarante ans avant les premiers films de Bergman, faisait voir les hommes par le regard ironique des femmes; c'était sans doute le choix du librettiste Hugo von Hofmannsthal, mais Strauss avait joué le jeu et il en résulte un personnage très émouvant, celui de la Maréchale.
Si avec Karajan, les sens et les sentiments sont à la fête, ce n'est pas seulement en raison de ses choix interprétatifs, mais parce que, ceux-ci adoptés, la perfection formelle que l'on attend de lui est présente du début à la fin, cette fin où le temps semble suspendu, ce qu'on ne trouve pas dans toutes les versions au même degré. La plus grande finesse, le goût le plus raffiné, s'unissent en effet à la sensualité. La distribution est difficile à égaler, elle aussi fait le prix de ce Rosenkavalier. Tout le monde n'aime pas Schwarzkopf, sa voix étudiée pour le micro des studios, si différente de celle de ses prestations en public, mais ici on a tout: la dignité de la grande dame, la nostalgie de la femme qui sent venir l'âge, la lucidité, l'intériorité. Et un Octavian qui est la jeune Christa Ludwig, une Sophie qui est Stich-Randall, avec son émission si particulière, que tous n'apprécient pas, qui laisse échapper les sons comme à regret, Otto Edelmann, qui cependant n'était pas le plus grand des Baron Ochs (allez voir chez Kleiber), puis Eberhard Wächter, Nicolai Gedda, Paul Kuen, Gerhard Unger et même la gloire certes déclinante de Ljuba Welitsch pour faire une Marianne !
Si vous tenez à avoir le choix le plus complet, après avoir cherché à "der Rosenkavalier", n'oubliez pas de composer "Le Chevalier à la Rose".