Le livre est remarquable (je n'ai pas lu la traduction française mais, en anglais, il y a un peu trop de passages où il utilise des expressions ou des anecdotes empruntées à la culture populaire américaine), surtout par son érudition éblouissante. Sur le fond, la thèse me paraît un peu trop marquée par les idées de Max Weber et par une tendance très anglo-saxonne au complexe de supériorité (par exemple vis-à-vis de l'Europe "latine"). J'ai particulièrement apprécié son analyse (dispersée au fil du texte) de la fameuse théorie des "avantages comparatifs". Avec beaucoup de finesse, Landes relève qu'on ne peut pas se soustraire aux déterminations naturelles et environnementales, mais que si on s'y soumet totalement, on se condamne à la stagnation. Le volontarisme est nécessaire, mais il faut "vouloir" de façon réaliste. En tout cas, l'auteur démonte de manière très convaincante la thèse "tiers-mondiste" expliquant l'arriération par l'impérialisme européen, en démontrant que c'est au contraire l'arriération des uns, confrontée à l'avance relative des autres dans des domaines-clefs, qui est à la source de la division impérialiste entre nations dominantes et peuples dominés. En cela, et de manière assez paradoxale, Landes est très "marxiste" (alors qu'il dénonce à plusieurs reprises l'idéologie marxisye) en faisant ressortir la primauté des "rapports de production" parmi les facteurs du devenir historique.