Critique
Premier album de PJ Harvey pour Island, qui créera une controverse chez les fans de la chanteuse, déjà nombreux à l’époque et que décevront le son et la production, qui, selon eux, ne reflétaient pas la vraie nature de PJ. L’admiration que celle-ci portait aux Pixies lui avait plus ou moins dicté le choix de Steve Albini comme producteur et, de son propre aveu, le résultat ne sera pas tout à fait à la hauteur de ses espérances : si l’Américain apporte bien des idées, celles-ci seront diversement accueillies, comme alterner dans un même morceau des passages presque inaudibles et d’autres assourdissants ou empiler des parties de guitare là où une seule aurait suffi.
En dépit de ce traitement, chacune des chansons « rentre dans le lard » et montre que Polly Jean ne s’est pas laissée museler : rien que la brutalité du morceau-titre, où elle hurle à la fin « Lèche mes jambes, je brûle » ou le bref et percutant
« Snake », tout aussi chargé de sous-entendus sexuels, le prouvent. Dans
« Dry » (qui n’était pas sur l’album du même nom), s’adressant à un petit ami peu doué, Polly lui lance sans ménagement « Tu me laisses sèche », ce qui laisse l’auditeur tout aussi perplexe, surtout si c’est un homme. Une reprise affolante du
« Highway 61 Revisited » de Bob Dylan (enregistrée par Polly pour sa mère, très fan du Zim), deux versions du même
« Man Size » (l’une en trio et l’autre avec des cordes), un hommage au cosmonaute Youri Gagarine nommé
« Yuri-G » ne sont que quelques-unes des surprises d’un disque qui en recèle beaucoup d’autres et reste incontournable.
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story