Gergiev nous offre une "Shéhérazade" superbe de timbres verts et fruités à la fois, grâce à un Orchestre du Kirov aux sonorités typiquement russes, loin de tout formatage occidental.
Le chef ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer par l'énergie de sa direction, ce qui nous vaut notamment un finale époustouflant de puissance explosive, poussant au maximum la virtuosité de l'orchestre, et plongeant l'auditeur au coeur de la tempête : bravissimo !
Le violon solo déploie le thème de Shéhérazade avec une poésie et une grâce proches du sublime, en une véritable invitation au rêve.
En revanche, le troisième mouvement, "Le jeune prince et la jeune princesse", très bien mené, aurait sans doute approché la perfection si Gergiev avait un peu moins appuyé le lyrisme du magnifique thème, dont l'épanouissement mélodique demande plus de naturel, ce que Seiji Ozawa, avec l'Orchestre Symphonique de Boston, est l'un des seuls à réussir
Rimsky-Korsakov : Schéhérazade Capriccio espagnol.
Mise à part cette réserve, il est difficile de bouder son plaisir à redécouvrir une oeuvre archi-enregistrée, dont le chef russe fait ressortir des détails en général peu mis en valeur par ses collègues, ce que la prise de son magnifie par sa grande dynamique, son respect des timbres, et sa belle spatialisation (ah ! ces cors délicieusement lointains...).
En complément, "Dans les steppes de l'Asie centrale" de Borodine, que Gergiev dirige avec un amour et un bonheur communicatifs : de la jouissance orchestrale à l'état pur (ah ! ces cors encore...)!
Enfin, un très rare "Islamey" de Balakirev, à découvrir !