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5.0 étoiles sur 5
Un très grand moment de musique orchestrale, 13 août 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rimsky-Korsakov : Schéhérazade - Stravinsky : L'oiseau de feu (CD)
La suite symphonique Shéhérazade d'une poésie infinie se transforme en instant musical tout simplement magique sous la baguette de Chung. L'orchestre de l'Opéra Bastille est en totale fusion avec son chef ce qui permet à cette interprétation d'atteindre des sommets. L'émotion est présente d'un bout à l'autre de cette oeuvre. En complément, la suite pour orchestre extraite du ballet l'Oiseau de Feu est du même niveau !
Pour couronner le tout, la prise de son est techniquement superbe, la scène sonore est détaillée, profonde. La dynamique est impressionnante en particulier dans la Danse Infernale et le final de la suite l'Oiseau de Feu.
Si je ne devais conserver que quelques CD, celui-ci serait l'un d'entre eux !
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Cette "Schéhérazade" de septembre 1992 arbore un caractère suffisamment distinctif pour sortir du lot commun, 5 août 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rimsky-Korsakov : Schéhérazade - Stravinsky : L'oiseau de feu (CD)
Certains chefs laissent passivement ondoyer "la Mer et le Bateau de Sindbad", alors que Chung agit, se confronte au texte et accomplit un inhabituel travail prosodique.
Dès le début, on notera comment il assèche la clameur des trombones (durées plus brèves que le même énoncé à l'unisson des cordes graves) pour conférer au thème du Sultan un ton sentencieux.
Dans l'Allegro non troppo (1'31), il affine la diction des violons, recentre le noyau des notes qu'il tend à abréger quand elles sont staccato, allège la pression d'archets, libérant ainsi une chatoyante richesse harmonique. Cambrure féline, précision d'acupuncteur, grâce de ballerine. Ce tramage éclairci se propage à l'accentuation des flûte, hautbois et clarinette dans l'accalmie du Tranquillo (3'15) et vaporise les triolets du violon solo (4'06) en éther volatil.
Sous cette baguette, le climax accomplit des équilibres déroutants, reprofile la physionomie des phrases et le rapport de masse entre les groupes instrumentaux. La condensation du propos contraste avec l'ampleur de ce tableau marin.
Cette volubilité mélismatique dépayse, parle une langue sinueuse, volontiers orientale. Un graphisme d'estampe japonaise d'où le symbolisme n'est pas exclu.
Pour le "Récit du Prince Kalender", le chef coréen s'émancipe du scénario, se soustrait à la contrainte narrative et esquisse des allusions plutôt qu'une franche description. L'acoustique réverbérée de l'Opéra Bastille favorise cette distanciation onirique.
Les choix rythmiques sauvent le "Prince et la Princesse" de la langueur. Certes le tempo s'éveille paresseusement mais connaît ensuite une flagrante accélération à la reprise mélodique : la noire pointée à 37 jusque 2'30 se presse ensuite à 50 entre les mesures 48-68.
On notera le méticuleux cliquetis de percussionnistes (dont un savoureux tambourino) dans l'intermède Pocchisimo piu mosso, avant le retour du Come prima (5'10) où Chung privilégie l'émerveillement à la lascivité.
Il branche la "Fête à Bagdad" sous haut voltage.
D'abord en attisant le suspense : à 0'55, quelle tension dans la pédale mi qu'échauffent violoncelles et contrebasses sous la cadenza de la sultane !
Puis en relevant quelques défis métronomiques qui précipitent tant l'allure que le détail pittoresque finit par s'annexer à cette course frénétique. Rien de bâclé cependant : les pupitres parisiens s'honorent là d'une célérité à peu d'équivalent.
Dommage que les trompettistes subissent quelques aléas de justesse dans le climax du bateau en avarie (ça gouaille après la mesure 604, 7'50-)
L'archet de Frédéric Laroque vient conclure avec sobriété cette interprétation somme toute mystérieuse, intrigante, personnalisant une syntaxe hors-norme, que rien ne galvaude et qui ne se divulgue pas tout entière à la première écoute.
Riche de sens à deviner, comme une armoire à secrets dont on prendra le temps d'explorer les tiroirs.
L'exécution de la Suite de "L'Oiseau de feu" apparaît non moins singulière : un regard analytique y scrute les jeux de timbre sans s'enliser dans la séduction sonore. Mais au risque d'une abstraction qui rappelle certains aspects du langage bartokien. Particulièrement dans la Danse de Kastcheï : le monstre infernal semblerait exfiltré d'un bouge du "Mandarin merveilleux". La virtuosité de l'orchestre ne faiblit pas, attentive à valoriser le moindre détail dans une parfaite élocution qui domestique la violence de ce pandémonium.
Après la berceuse, l'humeur et le décor changent radicalement : sur un tempo un peu trop retenu (blanche à 49 au lieu de 54 jusqu'au Piu mosso à 1'36), le maestro sentimentalise la disparition du palais maléfique en la rapprochant esthétiquement de l'univers ravélien. Celui du Jardin féerique de "Ma Mère l'Oye" bien sûr. Enflammée par des cuivres crus, la liesse générale dissipe bien vite cet amollissement et parachève une interprétation très réussie.
Un disque vraiment intéressant que je conseillerais plutôt aux mélomanes déjà familiers de ces deux oeuvres, et qui pourront les redécouvrir à la faveur d'options atypiques -ainsi que d'une excellente prise de son, en plein relief.
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