Le problème est le même depuis toujours : quand un artiste a sorti le meilleur album de sa carrière (ce qui était le cas avec le précédent, le faramineux « You are the Quarry »), le suivant est toujours accueilli avec déception. Donc, clarifions les choses d'entrée : oui, « Ringleader of the Tormentors » est inférieur à son prédécesseur, inférieur parce que si « You are the Quarry » présentait douze morceaux tous exceptionnels de A à Z, ce nouveau disque propose quelques chansons non pas mauvaises, mais disons classiques, du Morrissey de base sur lequel le chanteur se contente de « faire du Morrissey ». Donc même si elles sont loin d'être désagréables, disons que « In the Future when all's Well » ou « The Father who must be killed » par exemple ne marqueront pas la carrière de cet artiste atypique.
Ceci étant dit, ce nouvel album mérite largement l'acquisition. D'abord, pour les Anglicistes, les paroles sont plus fortes que jamais. On le sait, Morrissey est l'un des plus grands paroliers de l'histoire, mais ici, ses mots, qui pour la première fois, cela a été dit partout, abordent sa vie amoureuse tout en continuant à toucher, évidemment, à tous les thèmes existentialistes habituels, sont d'une puissance rarement atteinte. Côté musique, il y a également beaucoup de bonnes choses à prendre, et en premier lieu « You Have Killed Me », le single de l'album, assez anodin à la première écoute, mais infectieux finalement (le genre de morceaux que vous écoutez le matin et que vous avez dans la tête toute la journée). Derrière, le majestueux « I will see you in far-off places » et ses cordes orientales, le sublime « Dear god please help me » (finement arrangé par personne d'autre qu'Ennio Morricone), les glam et irrésistibles « The Youngest was the most loved » et « On the streets I Ran », les mélancoliques « To me you are a work of art » et « At last I am born », maintiennent très haut le niveau d'ensemble. Et puis il y a le long et martial « Life is a Pigsty » qui s'impose, tout au long de ses sept minutes de creshendo dramatique, peut-être bien, simplement, comme le plus grand morceau enregistré par Morrissey en solo. Bref, un disque qui ne risquera pas de convertir les détracteurs habituels mais qui comblera les amateurs de bonne pop britannique.