Nous sommes en 1973, soit trois ans après la séparation des Beatles. Et les ex-membres des fab four font feu de tout bois pour truster les hit-parades et combler le vide de cette séparation. Or, cette année 73 ne constitue pas leur moisson la plus mémorable, entre le "Mind games" de Lennon, le "Red Rose Speedway" de Mc Cartney et "Living in the material world" de George Harrison, trois disques assez insipides. Résultat des courses, c'est le sympathique Ringo Starr qui va tirer son épingle du jeu avec son album éponyme. Après deux opus bien faiblards sortis en 1970, "Sentimental journey", disque d'easy listening nauséabond, et "Beaucoups of blues", banale incursion du côté de la country de Nashville, l'ancien batteur publie son album le plus Beatles, avec un retour à une pop imparable et sans prétention. On écoutera avec attention les chansons écrites et composées par ses ex-comparses: "I'm the greatest", tube irrésistible signé Lennon qui ouvre l'album, "Six o'clock", ballade de Mc Cartney, et trois belles chansons d'Harrison, l'émouvant "Photograph", le séduisant "Sunshine life for me", ainsi que "You and me", cosigné avec Mal Evans. Ringo himself sort sa plus belle plume pour signer "Step lightly" et "Devil woman". Ailleurs, on peut remarquer un titre écrit par Randy Newman pour l'occasion, "Have you seen my baby", sans oublier le tubesque "You're sixteen", reprise d'un succès des années 60. Bien sûr, ce n'est pas l'album du siècle, mais une oeuvre homogène et agréable, qui figure parmi les bons albums solo des ex-Beatles. Concernant Ringo, soyons honnêtes: ce troisième essai est le seul fait marquant d'une carrière très productive mais souvent médiocre, marquée par le mauvais goût et le dilettantisme. On peut toujours se consoler en réécoutant les chansons mémorables qu'il interpréta dans les albums des Beatles ("Yellow submarine", "With a little help from my friends"), sans oublier les deux titres qu'il composa pour les fab four, le très country "Don't pass me by" (sur le Double blanc) et "Octopus's garden" (sur Abbey Road). Longue vie à Ringo, l'aîné des Beatles, qui reste l'un des plus grands batteurs de l'histoire du rock.