Alors, heureux ? Zach Condon pourrait sans doute répondre affirmativement. Du moins, c’est ce que ce nouvel album laisse penser : The Rip Tide est sans conteste le plus lumineux de ses disques, mais aussi le plus saisissant.
« A Candle’s Fire » est assez explicite de ce point de vue-là : après des sombres remous mélancoliques, place à la lumière, à une nouvelle énergie. Après tout, Condon n’a pas encore son quart de siècle... Exorcisant ses démons dans une petite cabane perdue dans la neige, au nord de l’état de New York, il a travaillé seul sur ce qui s’appelle aujourd’hui The Rip Tide - du nom de ce que le Larousse définit comme une « dépression allongée sur la partie basse de l’estran et séparant des crêtes de plage ». Même s’il redonne foi, « A Candle’s Fire » reste cependant égal à ce que l’on attend de meilleur du musicien américain et de son groupe, prompt à emmener loin. Dans les contrées balkaniques, par exemple. Puis, sans crier gare, le morceau « Santa Fe », dédié à sa ville natale, fait irruption. Sa fière alliance d’électronique ludique et de folklore cuivré nous annonce le renouveau, éclatant, de Beirut.
Même dans ses vieilles charentaises et au coin d'un feu réconfortant,
« East Harlem » a le goût d’une madeleine de Proust. Le piano et la voix de Condon rendent «
Goshen » tout simplement poignant. Les violons portuaires de «
Payne's Bay » sont irrésistibles, tandis que les cuivres débridés de «
The Rip Tide », bardé de martèlements mi militaire, mi folklorique, sont hantés d’appels lointains. Ici, le « Vagabond » est enjoué, faisant de Condon un personnage rimbaldien, un « Petit Poucet rêveur ». Un limpide
« Peocok » et l’auditeur en est déjà, ravi, au final majestueux de «
Port of Call »...
Ce n’est plus le même, et pourtant il n’a pas changé. Zach Condon réussit le tour de force de faire peau neuve tout en restant parfaitement reconnaissable, attachant pour ceux qui le suivent depuis Gulag Orkestar, en 2006. Son auberge est à la Grande Ourse, ses étoiles font un doux froufrou... Seulement neuf chansons, dont la plus longue dure 4 minutes et 21 secondes, et le tour est joué : Beirut s’impose définitivement dans le cœur de son public, et ne semble pas prêt de le quitter.
Sophie Rosemont - Copyright 2013 Music Story