Cinq ans (five years...) avant de remettre Iggy Pop en selle musicalement en produisant ses deux albums "THE IDIOT" et "LUST FOR LIFE" (1977), et un an avant de poser sur la pochette de son propre "PIN UPS" en compagnie du mannequin Twiggy (1973), Bowie s'inventait un alter ego, croisement du nom d'un magasin de mode de l'époque ("Chez Ziggy") et d'un chanteur américain des années 60 ("The Legendary Stardust Cowboy").
Lorsque le 6 juin 1972 parut à la vitrine des disquaires londoniens "Ascension et Chute de Ziggy Stardust et des Araignées Martiennes", Bowie lui-même était loin de se douter qu'il allait presque se faire dévorer vivant par ce personnage fictif, s'il n'avait eu le réflexe de s'en débarrasser en public un peu plus d'un an après, le 3 juillet 1973, au cours d'un concert immortalisé par D.A. Pennebaker (
Ziggy Stardust And The Spiders From Mars). A ce moment-là, la fusion entre le chanteur et son double était telle que certain(e)s parmi les spectateurs hurlèrent et s'évanouirent, croyant aux adieux à la scène de David Bowie, et non de Ziggy Stardust!
Le 13 avril 1973, son nouvel album paraissait d'ailleurs sous le titre "ALADDIN SANE", alors qu'il avait un moment envisagé "ZIGGY GOES TO AMERICA" avant d'envoyer paître le personnage...
"THE RISE AND FALL OF ZIGGY STARDUST AND THE SPIDERS FROM MARS" est peut-être l'album de Bowie qui, au cours des quarante ans qui ont suivi sa parution, a généré le plus d'éditions différentes.
Certaines d'entre elles sont parfois encore disponibles, mais la plupart du temps d'occasion, et souvent à des prix prohibitifs.
Parmi les plus réussies, citons notamment une gravure vinyle audiophile "Original Master Recording" réalisée en 1983 par la firme "Mobile Fidelity Sound Lab", un superbe picture disc vinyle de 1984 (avec au verso une photo de pochette alternative!), un MiniDisc de 1990, un double vinyle transparent de 1990, un CD plaqué or 24 carats de 1994, ainsi qu'un petit coffret cartonné de 2cm d'épaisseur de 1990 contenant le CD "normal" accompagné d'un beau livret de 72 pages (ces trois derniers produits édités par Ryko). Citons également un SACD Hybride édité par EMI en 2003.
Une énième édition ("du 40ème anniversaire") s'imposait-elle donc véritablement ?
Voyons d'abord ce qu'elle contient.
L'album original a été remasterisé en 2012 d'après la bande-mère analogique de 1972.
Il a ensuite été gravé sur:
1) un vinyle de 180 grammes
2) un DVD VIDEO avec contenu audio exclusivement (DVD 9, Région 0, NTSC)
On y trouve:
a) l'album remasterisé en 2012 dans un encodage PCM STEREO 96/24
b) l'album remixé en 2003 par Ken Scott en DTS 5.1 48/24
c) l'album remixé en 2003 par Ken Scott en Dolby Digital 5.1
d) l'album remixé en 2003 par Ken Scottt en PCM STEREO 48/24
e) 4 titres bonus dans les trois remixages de Ken Scott ("Moonage Daydream instrumental", "The Supermen", "Velvet Goldmine" et "Sweet Head").
Si l'on considère que les remixages en multicanal relèvent plus du gadget acoustique que de la véritable audiophilie, et que 3 des bonus étaient déjà disponibles depuis longtemps (notons au passage que l'édition "du 30ème anniversaire" en contenait... 12!), on remarque que les seules vraies nouveautés de celle-ci sont:
- la version instrumentale de "Moonage Daydream" (mais qui va acheter ce disque pour un "inédit" où on n'entend même pas Bowie chanter!)
- le remastering de 2012.
Et c'est bien sûr ce dernier qui, à lui seul, justifie pleinement cette nouvelle parution.
Jamais, depuis la gravure vinyle MFSL de 1983, le son de "ZIGGY" n'avait été aussi beau. Le principe est le même: on prend la bande studio originale de 1972, à partir de laquelle on fabrique un nouveau master, mais cette fois avec tous les raffinements que permet la technologie numérique, alors que bien souvent, le soit-disant "remastering" est en fait réalisé à partir d'un master intermédiaire déjà fabriqué auparavant...
Et franchement, le résultat est sublime !!!
J'ajoute d'ailleurs que, vu l'assez petite différence de prix entre l'édition "CD" et l'édition "VINYLE+DVD", mieux vaut se procurer celle-ci, qui permettra notamment de bénéficier de l'échantillonnage supérieur du DVD.
Je précise toutefois que pour en profiter pleinement, mieux vaut disposer d'un bon matériel hi-fi.
Le vinyle lui-même est d'une pureté qu'on aurait aimé davantage répandue avant l'invention du CD, et la pochette restitue dans un carton assez fort (avec une photo mate, et non glacée) des couleurs fidèles à l'édition originale de 1972 (celles-ci étant d'ailleurs déjà fortement "trafiquées" à l'époque, dans un style "BD/photo"). La pochette est de type "gatefold", et en s'ouvrant laisse apparaître quelques photos alternatives prises au cours de la session. Elle a pour l'occasion récupéré la fameuse mention au recto: "TO BE PLAYED AT MAXIMUM VOLUME", qui avait depuis lontemps disparu des rééditions successives. Sur le volet intérieur droit, une découpe maintient le DVD dans une petite pochette cartonnée amovible.
L'ensemble est donc excellent, axé bien entendu sur la perfection acoustique.
J'enlève cependant une étoile, car je pense que, malgré le prix raisonnable du produit, l'éditeur aurait pu proposer (au moins!) quelques documents écrits et/ou iconographiques. Or, RIEN: pas le moindre livret, feuillet, ni même insert (à part la pochette contenant le vinyle lui-même, et sur laquelle sont reproduites, comme à l'origine, les photos des quatre musiciens et les paroles des chansons)...
A l'occasion du CINQUANTIEME anniversaire, peut-être ?
P.S. Pour les fans, signalons l'existence de:
- l'excellent livre making of
The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars: David Bowie (en anglais seulement)
- un site entièrement consacré à l'album(!): "The Ziggy Stardust Companion": [...])