Un des grands albums des années 90 alors à peine naissantes et le classique de Jane's Addiction, enregistré entre deux tentatives de désintoxication de ses membres, pour lesquels la came a toujours été plus un stimulant qu'une source d'inspiration – la photo au dos de la pochette, avec ses flacons de méthadone, est d'ailleurs on ne peut plus révélatrice.
En hommage à la région d'origine du groupe et aux racines de Dave Navarro, une jeune hispanophone récite en ouverture un petit texte de présentation et l'épileptique
« Stop! » ouvre la charge. Complètement zinzin mais toujours aussi attachant, Perry Farrell ne triche pas davantage que sur
Nothing's Shocking, il fait ce qu'il veut, il dit ce qu'il pense, il raconte ce qu'il vit et il assume tout : ainsi dans le brillant
« Ain't No Right » (« J'ai que la peau sur les os, j'ai un grand nez pointu, mais c'est ça qui me fait avancer ! ») ou dans le terrible
« Then She Did... », où il évoque notamment le suicide de sa mère.
Inspiré par un autre souvenir d'enfance,
« Been Caught Stealin' » est une sorte d'ode au vol à l'étalage – où le toutou du chanteur a même droit à une petite participation – aidée par un clip délirant diffusé en rotation lourde sur MTV ; la chanson est remarquée dans le classement et vaut au groupe de séduire de nouveaux fans. La production, assurée comme celle de
Nothing's Shocking, par Perry Farrell et Dave Jerden, est un modèle du genre, présentant un équilibre parfait entre le son plutôt
seventies du groupe et la technologie moderne : elle n'a pas vieilli.
Plus bel enregistrement de toute la carrière de Jane's Addiction, le long et passionnant
« Three Days » conte l'histoire d'un ménage à trois (celui que montre la pochette) et représente le morceau de bravoure de l'album, où tout le monde est à son summum, avec la démentielle intro de basse d'Eric Avery, les parties de batterie de Stephen Perkins (qui, lors du pont, sonne comme un flipper humain) et surtout un incroyable solo en trois parties de Dave Navarro, peut-être le dernier des grands
guitar heroes américains.
Là, c'est le niveau du Led Zeppelin de
« Stairway to Heaven » qui est atteint, tout simplement. Et on pense à nouveau au Dirigeable anglais sur
« Of Course », avec le violon, le tambourin et les gammes orientalisantes : que Jane's Addiction ne soit pas devenu en son temps un groupe aussi important que la bande à Jimmy Page n'en est que plus incompréhensible... Après la magnifique ballade
« Classic Girl », dans la lignée de
« Jane Says » (et qui lui est même supérieure), résonne au loin dans le mix un
« Good night! » complice, lancé par un Perry Farrell un brin mystérieux. Sans que l'auditeur s'en doute, il était en effet parti pour une bonne nuit de sommeil, qui allait durer la bagatelle de sept ans...
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story