De formation classique, le Milanais Stefano Battaglia s’est en un premier temps partagé entre l’interprétation d’œuvres contemporaines et de partitions de musique ancienne. Il a par la suite amorcé une démarche plus personnelle et intime, en particulier alimentée par sa passion pour le cinéma (un album en hommage à l’univers de Pier Paolo Pasolini).
Il convoque aujourd’hui son trio (le contrebassiste Salvatore Maiore a frayé avec de multiples vedettes du genre, de Steve Grossman à Al di Meola, alors qu’à la batterie, Roberto Dani reste l’un des percussionnistes favoris de la chanteuse Annette Peacock), dans une évocation de quelques lieux mythiques, la visite de quelques sites légendaires.
Sont en effet évoqués dans cet album la Nouvelle Atlantide de Bacon, Ararat le mont sacré, ou d’autres sites encore, chers ceux-là au cœur de Tolkien. Quant à la rivière Anyder qui fournit l’intitulé de l’entreprise, il s’agit de ce cours d’eau traversant l’Utopia, imaginé par Sir Thomas More. Et le choix d’intimement mêler création musicale et littérature se retrouve jusque dans un livret, à la riche iconographie, et abondamment pourvu de textes en références multiples, d’Arthur Rimbaud à Élan Noir, chef sioux.
Musique à programme donc, The River of Anyder juxtapose dans la licence poétique permise en musique mélodies rêveuses, harmonies âpres, et structures volontairement éloignées de l’apprêt contemporain. On retrouve dans les dix compositions le goût du pianiste, à la fois pour les nappes oniriques, les climats nostalgiques et mélancoliques, et les rythmes plus pesants et anxiogènes.
Battaglia tente, et réalise, l’achèvement d’une collection d’airs, tour à tour de joie, de tensions, de danses joyeuses, et de sérénité, dans la volonté affirmée de la dégager de toutes implications chronologiques. La performance reste, dans cette succession d’instants d’une rare beauté, qu’il y soit parvenu sans pesanteur, didactisme, ou emphase. Une brillante réussite.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story