Voici donc le deuxième volume, tant attendu, de l'intégrale de l'oeuvre pour piano seul de Robert Schumann, qu'a entrepris d'enregistrer le pianiste Éric Le Sage pour le label Alpha. Tout comme le premier (cliquer ici pour lire la critique), ça ne sera d'ailleurs une surprise pour personne, son interprétation s'impose d'emblée comme superlative. De même, si les Davidsbündlertänze, op. 6, s'affirmaient comme étant la figure de proue du précédent, sur celui-ci, c'est la Sonate pour piano, op. 14, qui occupe le devant de ce nouveau vaisseau à la fière allure. Si les difficultés techniques qui semblent jalonner son interprétation doivent en partie justifier son absence des programmes musicaux, sa rareté ne la rend-elle pas encore plus belle ? À sans cesse vouloir chercher sa place entre l'exaltation et la tendresse, peut-être est-ce là aussi l'une des aeuvres qui traduit le mieux la vulnérabilité psychologique d'un compositeur très souvent tiraillé entre ses passions et ses angoisses. D'une beauté insolente, elle ne porte pas pour autant ombrage aux deux autres pièces qui semblent, au contraire, profiter de la lumière qu'elle dégage. La Fantaisie, op. 17, y puise ainsi l'énergie qui lui permet de transformer le mouvement initial, habité par le doute, en un finale serein, où règne un sentiment de paix intérieure, tout autant que les Impromptus sur un thème de Clara Wieck, op. 5, qui y trouve un motif pour rendre encore plus présente celle qui inspira leur auteur. À l'écoute de certains pianistes, on est tenté d'admirer davantage le technicien que l'interprète, mais ici, l'interprétation expressive et pleine de sensibilité d'Éric Le Sage le place bien au-delà de toutes considérations techniques. Nous sommes face à un vrai schumannien ; l'un des plus grands de sa génération. Et cela s'entend. À ce titre, saluons la remarquable performance de Jean-Marc Laisné qui, dans le même lieu et dans les mêmes conditions, réussit à réitérer l'exploit sonore du premier disque. Prévue pour la fin 2010, cette intégrale nous promet encore de magnifiques moments, mais en attendant la sortie du prochain volume, le temps va paraître bien long.