A Détroit, dans un futur proche, le policier Murphy se fait abattre par des truands. Son corps est récupéré afin de participer à un projet scientifique visant à remplacer les policiers de la ville par des machines. Devenu Robocop, Murphy entreprend de nettoyer la ville des criminels de tous étages, pendant que l'étincelle d'humanité présente en lui tente de prendre le dessus sur la machine.
Cette première réalisation américaine du hollandais Paul Verhoeven (Basic Instinct, Total Recall, ...) est une réussite à plusieurs points de vue. Tout d'abord c'est un bon film d'action, qui se regarde sans problème au premier degré : cascades, effets sanguinolents, dialogues virils, tout y est. Tout y est tellement que l'on décèle assez vite l'ironie derrière la violence, une volonté de frôler le grotesque, un peu comme dans Starship Troopers du même réalisateur. L'aspect caricatural des personnages renforce ce sentiment de recul : chefs d'entreprises véreux, yuppies aux dents longues, et bien sûr les présentateurs du journal télévisé qui égrènent, imperturbablement souriants, les nouvelles les plus catastrophiques. Satire de nos sociétés modernes, Robocop se déroule dans un monde corrompu, cynique et ultra-libéral, et le film lui-même est entrecoupé par des publicités indécentes, héritières directes de celles que nous connaissons aujourd'hui.
Côté technique, le film est aussi une réussite. La musique de Basil Poledouris, également compositeur de Conan le Barbare, mi-synthétisée et mi-orchestrale, passe en quelques secondes d'un calme mélancolique à des envolées épiques et rageuses. La réalisation est dynamique et inventive ; sinon, en ce qui concerne le reste de la technique, on retrouve le grain d'image particuler des films des années 80 et, malgré la qualité des trucages, il faut reconnaître que le latex et l'animation image par image ont pris un gros coup de vieux avec l'apparition du numérique...
Robocop est un grand film de SF, passé pour des raisons obscures à côté du Grand Prix du festival d'Avoriaz 1988 (au bénéfice de Hidden), où il n'a remporté que le Prix de la Commission Supérieure Technique (!). Que vous aimiez ou pas le cinéma fantastique, il mérite le détour : vous serez agréablement surpris son ironie intelligente et la qualité de sa mise en scène.