On le sait, cet album s’est construit en Provence, et sur quelques disparitions, en l’occurrence celle du père du chanteur, de Guillaume Depardieu, de Fred Chichin (Rita Mitsouko), et de l’ami d’enfance Olivier Olive Caudron (Lili Drop). Ainsi, le parallèle sera plus aisé avec un nom emprunté à une entreprise de pompes funèbres renommée (jusque dans la chanson-titre, qui clôt l’album, en un déchirant hommage), et bien qu’ici les refrains ne soient ici jamais, ni emphatiques, ni mortifères.
On le sait également, l’ex-Téléphone a par la suite eu désir de retrouver ce qui va bien finir par devenir le studio emblématique de Dominique Blanc-Francard et Bénédicte Schmitt, pour s’amuser, coucher en sons palpables toutes les musiques dans sa tête, et, peut-être, s’autoriser l’exorcisme de sa détresse. Il l’a donc fait seul (pour conserver la fraîcheur, assure t’il), n’invitant que quelques rares amis à le rejoindre, dont le délicieux Albin de La Simone et ses claviers magiques. Douze chansons de cheminement, donc, et de parcours intime assumé, qui s’initient avec un « Maintenant je reviens » dans lequel Aubert assure tout (piano, batterie, guitares), et le reste (percussions, harmonica, basse), en un déterminisme pas bravache, et un ton de confidence humble qu’on n’attendait pas vraiment chez le bonhomme. « C’est con mais bon » taille la route de la suite, sous des couleurs folk-country habillant un amour pas dupe. Premier single de la sélection, « Demain sera parfait » relève le menton sous les gifles et offre deux ou trois bonnes raisons de continuer à avancer, alors que « Puisses-tu » impose le chanteur en grand frère, « Les Lépidoptères » s’amuse avec les mots et les rythmes (après un déhanchement reggae, monte la fièvre rock), et «Regarde-moi » s’impose, tout court, en futur hit pour chemins de traverse.
Car, in fine, Roc’Éclair s’apparente bien davantage à un coup de pied aux fesses du public et de l’artiste lui-même (la vie n’est pas facile, mais ce n’est pas une raison pour rester inerte) qu’à une mortification geignarde. Avec le net sentiment, que, l’âge aidant, Jean-Louis Aubert s’éloigne à larges encablures de l’extrême sophistication de ses débuts en solo (le chant, bouleversant de simplicité d’ « Aimer ce qui s’enfuit ») pour enfin valider une inspiration près de l’os, et des interprétations tout autant. Á noter que, trente-cinq chansons ayant été enregistrées durant les sessions, cet album bénéficiera dans sa saison initiale d’exploitation d’une édition limitée, qui sera riche d’un disque supplémentaire (intitulé Hiver, justement) agrémenté de sept mélodies inédites.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story