Un mélange de joie pure et de mélancolie profonde, tel est le sentiment contradictoire qui domine tout du long de cet album, avec des moments d’intense frénésie, de même que des temps propices à la méditation. Même à l’époque, ô combien riche en expérimentations, la stupéfaction a saisi les auditeurs de ce disque qui reste un chef-d’œuvre de la musique du 20ème siècle. Pas moins. A ce titre, il faut insister sur le fait qu’il demeure un exemple de liberté artistique rare. La beauté de la musique que contient cet album fait presque peur. Les assauts lancinants d’orgue ou de cuivres, les percussions surprenantes, la voix de Wyatt semblant provenir d’un enfant/vieillard…Tout cela renforce l’effet d’envoûtement qui vous prend à l’écoute de ce
Rock Bottom, aujourd’hui comme lors de sa sortie en 1974. Quelles mélodies, quelles orchestrations. Aux côtés de Wyatt (guitare, batterie, claviers, chants), figurent des cadors du moment, Mike Oldfield (guitare), Gary Windo (clarinette, saxophone ténor), Ivor Cutler (claviers, voix), Mongezi Feza (trompette), Alfreda Benge (voix), Fred Frith (piano, violon), Hugh Hopper (basse), Richard Sinclair (basse), Laurie Allan (batterie) Se situant dans la droite ligne des précédents œuvres que Wyatt avait écrites pour Soft Machine et Matching Mole,
Rock Bottom est un accomplissement. Jamais ce grand artiste ne décevra par la suite, mais jamais non plus il n’atteindra de tels sommets. Ainsi, sorti un an après,
Ruth is Stranger Than Richard est un excellent album, mais il souffrit de la comparaison.
Michel Doussot - Copyright 2012 Music Story