52 internautes sur 54 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
La perfection est de ce monde..., 16 juin 2004
Né à Bristol, en Angleterre, Robert Wyatt est l'un des fondateurs de Soft Machine avec Kevin Ayers, en plein cœur de la vague psychédélique qui vit aussi l'émergence d'autres formations telles que Gong ou Pink Floyd. Soft Machine pratiquait une musique énigmatique, peut être encore plus exigeante que celle de ses pairs, très empreinte de jazz et d'expérimentations sonores pointues. Quelques dissensions au sein du groupe provoquèrent le départ de Wyatt. Il quitta la « machine » en marche pour se consacrer à son nouveau groupe, Matching Mole, puis à sa carrière solo en gestation, fort de ses incontestables talents de percussionniste/batteur et pourvu d'une voix de ténor incomparable, à la fois frêle et touchante.
"Rock Bottom" est son deuxième album solo, il fait suite à "The End Of An Ear", sorti trois ans auparavant, qui préfigurait certaines compositions « free jazz » minimalistes de Matching Mole. Véritable d'OVNI, cette œuvre connut, à la différence de beaucoup de ses contemporaines, une reconnaissance quasi unanime qui en fait, aujourd'hui encore, une des pierres angulaires de la musique moderne. Malgré la signification de son titre, (littéralement « toucher le fond »), "Rock Bottom" ne fut pas composé à la suite du terrible accident qui, l'année d'avant, cloua son créateur sur un fauteuil roulant, mais plusieurs mois auparavant, sur un petit orgue offert par sa future épouse, Alfreda Benge, l'illustratrice des pochettes de ses disques. Ces compositions, prévues à l'origine pour un nouvel album de Matching Mole, devinrent alors celles de Wyatt en solo. Son handicap l'obligea à se consacrer au chant et à affiner ses compositions, entouré d'une pléiade de musiciens prestigieux comme Mike Oldfield et de la fine fleur de l'école de Canterbury, Richard Sinclair de Caravan, en tête. La production sera, elle, confiée à Nick Mason de Pink Floyd.
"Rock Bottom" est un disque introspectif, riche de compositions d'une rare intensité et survolé de bout en bout d'interventions instrumentales de très grande classe. Tour à tour émouvant (« Sea Song »), inquiétant (« Alifib »), ou faussement ingénu (« Little Red Robin Hood Hit The Road »), ce disque est un concentré de génie pur. On reste en effet confondu devant une œuvre d'une telle portée, naviguant sans cesse entre des ambiances d'une noirceur implacable et presque morbides (les lugubres trompettes introduisant « Little Red Riding Hood Hit The Road »), ou baignées d'une lumière extatique quasi céleste (le final aérien de « Sea Song » où s'entremêlent des arpèges d'orgues et de voix). Même s'il a été composé avant les huit mois d'hôpital qui suivirent l'accident, force est de constater que ce disque transpire littéralement la souffrance à travers sa musique même si les textes évoquent les vacances paisibles passées en Italie l'année d'avant. Celle-ci, omniprésente jusque dans les fréquents passages aériens, est littéralement personnifiée par la voix unique et plaintive de Wyatt qui hante le disque de bout en bout. Cette douleur, lancinante et fiévreuse, n'est cependant jamais ostensible mais plutôt suggérée. Elle ne fait à aucun moment basculer l'œuvre dans une espèce de complainte mièvre et larmoyante mais la transporte au contraire dans une autre dimension où elle semble y flotter avec une douce indolence. A la fois hypnotique et envoûtant "Rock Bottom" obtiendra le Grand Prix de l'académie Charles Cros en 1974 et sera source d'inspiration pour bon nombre d'artistes par la suite (on pense beaucoup à "Spirit Of Eden" de Talk Talk...). C'est, aujourd'hui toujours, une œuvre magistrale, somptueuse, hors du temps, bouleversante et complètement incontournable.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
14 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un immense secret venu du fond de la nuit, 15 janvier 2006
Batteur et chanteur des débuts de la Soft Machine (réécouter l'indispensable "Third" pour son "Moon in june"), Robert Wyatt est défenestré peu après. Réveillé tétraplégique (pour un batteur c'est gênant ! ) mais sauvé par l'humour et l'amour, il se recycle pianiste et créateur soliste. Première œuvre : coup de maître ! Une alchimie jazz, boucles électroniques, rock, ballades, poèmes et textes politiques dont on reste incrédule devant les niveaux de beauté, de sensibilité et de perfection. "Rock bottom" est un immense secret venu du fond de la nuit qui explose en confettis de lumière. Un disque jazzistiquement rock, comme l'étaient les premiers Soft Machine, l'académisme en moins, le grain de folie en plus, fébrilement guidé par la voix de Wyatt, unique, longue plainte douce en apesanteur. Ce disque se découvre avec le temps et se révèle comme une pierre blanche de l'histoire de la musique des hommes. "Rock Bottom" vient d'être relooké, avec une nouvelle pochette et l'ajout des textes de ses "chansons".
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
La poésie musicale de Wyatt, 19 juin 2007
Tout est subjectif en matière de goûts, mais il faut bien reconnaître que 33 ans après sa sortie, ce disque demeure pour moi l'une des(sinon LA) plus belle oeuvre musicale du courant Rock - dans son sens le plus large bien entendu. Le rock d'Elvis est bien loin. Les volute envapées de Parker aussi (Charlie pas le Colonel, bien sûr !) mais la musique de Wyatt les porte tous en son sein et ses boucles n'ont pas fini de tourner dans l'immensité de la Grande Note.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non