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5.0 étoiles sur 5
La perfection est de ce monde..., 16 juin 2004
Né à Bristol, en Angleterre, Robert Wyatt est l'un des fondateurs de Soft Machine avec Kevin Ayers, en plein cœur de la vague psychédélique qui vit aussi l'émergence d'autres formations telles que Gong ou Pink Floyd. Soft Machine pratiquait une musique énigmatique, peut être encore plus exigeante que celle de ses pairs, très empreinte de jazz et d'expérimentations sonores pointues. Quelques dissensions au sein du groupe provoquèrent le départ de Wyatt. Il quitta la « machine » en marche pour se consacrer à son nouveau groupe, Matching Mole, puis à sa carrière solo en gestation, fort de ses incontestables talents de percussionniste/batteur et pourvu d'une voix de ténor incomparable, à la fois frêle et touchante. "Rock Bottom" est son deuxième album solo, il fait suite à "The End Of An Ear", sorti trois ans auparavant, qui préfigurait certaines compositions « free jazz » minimalistes de Matching Mole. Véritable d'OVNI, cette œuvre connut, à la différence de beaucoup de ses contemporaines, une reconnaissance quasi unanime qui en fait, aujourd'hui encore, une des pierres angulaires de la musique moderne. Malgré la signification de son titre, (littéralement « toucher le fond »), "Rock Bottom" ne fut pas composé à la suite du terrible accident qui, l'année d'avant, cloua son créateur sur un fauteuil roulant, mais plusieurs mois auparavant, sur un petit orgue offert par sa future épouse, Alfreda Benge, l'illustratrice des pochettes de ses disques. Ces compositions, prévues à l'origine pour un nouvel album de Matching Mole, devinrent alors celles de Wyatt en solo. Son handicap l'obligea à se consacrer au chant et à affiner ses compositions, entouré d'une pléiade de musiciens prestigieux comme Mike Oldfield et de la fine fleur de l'école de Canterbury, Richard Sinclair de Caravan, en tête. La production sera, elle, confiée à Nick Mason de Pink Floyd. "Rock Bottom" est un disque introspectif, riche de compositions d'une rare intensité et survolé de bout en bout d'interventions instrumentales de très grande classe. Tour à tour émouvant (« Sea Song »), inquiétant (« Alifib »), ou faussement ingénu (« Little Red Robin Hood Hit The Road »), ce disque est un concentré de génie pur. On reste en effet confondu devant une œuvre d'une telle portée, naviguant sans cesse entre des ambiances d'une noirceur implacable et presque morbides (les lugubres trompettes introduisant « Little Red Riding Hood Hit The Road »), ou baignées d'une lumière extatique quasi céleste (le final aérien de « Sea Song » où s'entremêlent des arpèges d'orgues et de voix). Même s'il a été composé avant les huit mois d'hôpital qui suivirent l'accident, force est de constater que ce disque transpire littéralement la souffrance à travers sa musique même si les textes évoquent les vacances paisibles passées en Italie l'année d'avant. Celle-ci, omniprésente jusque dans les fréquents passages aériens, est littéralement personnifiée par la voix unique et plaintive de Wyatt qui hante le disque de bout en bout. Cette douleur, lancinante et fiévreuse, n'est cependant jamais ostensible mais plutôt suggérée. Elle ne fait à aucun moment basculer l'œuvre dans une espèce de complainte mièvre et larmoyante mais la transporte au contraire dans une autre dimension où elle semble y flotter avec une douce indolence. A la fois hypnotique et envoûtant "Rock Bottom" obtiendra le Grand Prix de l'académie Charles Cros en 1974 et sera source d'inspiration pour bon nombre d'artistes par la suite (on pense beaucoup à "Spirit Of Eden" de Talk Talk...). C'est, aujourd'hui toujours, une œuvre magistrale, somptueuse, hors du temps, bouleversante et complètement incontournable.
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5.0 étoiles sur 5
Un immense secret venu du fond de la nuit, 15 janvier 2006
Batteur et chanteur des débuts de la Soft Machine (réécouter l'indispensable "Third" pour son "Moon in june"), Robert Wyatt est défenestré peu après. Réveillé tétraplégique (pour un batteur c'est gênant ! ) mais sauvé par l'humour et l'amour, il se recycle pianiste et créateur soliste. Première œuvre : coup de maître ! Une alchimie jazz, boucles électroniques, rock, ballades, poèmes et textes politiques dont on reste incrédule devant les niveaux de beauté, de sensibilité et de perfection. "Rock bottom" est un immense secret venu du fond de la nuit qui explose en confettis de lumière. Un disque jazzistiquement rock, comme l'étaient les premiers Soft Machine, l'académisme en moins, le grain de folie en plus, fébrilement guidé par la voix de Wyatt, unique, longue plainte douce en apesanteur. Ce disque se découvre avec le temps et se révèle comme une pierre blanche de l'histoire de la musique des hommes. "Rock Bottom" vient d'être relooké, avec une nouvelle pochette et l'ajout des textes de ses "chansons".
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Béotiens s'abstenir, 20 avril 2012
S'il est un disque qu'il me démange d'évoquer depuis un moment, c'est Rock Bottom (1974), affecté à l'ex Soft Machine tétraplégique, Robert Wyatt ; un chef d'aeuvre unique que ce batteur d'origine, reconverti par la force des choses en claviériste, compose, pour sa majorité, durant sa convalescence, résultante d'une chute après avoir trop abusé de la dive bouteille, dit-on (à vérifier). Il n'est pas une collection rock qui se fasse sans Rock Bottom, les connaisseurs vous le confirmeront. Malgré cela, Ce disque continue à susciter des regards étonnés dignes d'yeux de merlans frits, quand son existence d'album mythique est évoquée dans mon entourage. Non pas que les sondés doutent de la qualité du produit en question... Rock Bottom ne leur parle pas, comme on dit aujourd'hui, signe qu'il est bigrement méconnu, ce qui, vous en conviendrez, n'est pas normal, compte tenu que c'est un disque culte, fait par un artiste culte. A moins que le côté inclassable d'une musique très personnelle, en marge de toute étiquette, synthétisant tout ce qui est en vogue à cette époque, n'ait définitivement enterré ce monument d'intensité artistique de l'année 74, ce voyage inoubliable dans des ambiances musicales à nulles autres pareilles. Les rythmes, les mélodies, les harmonies... Robert Wyatt transforme en féérie tout ce qu'il touche, tout ce qu'il entreprend. Chaque note a son importance et son sens. Les compositions comme l'interprétation rivalisent d'inspiration et d'inventivité. De la première à la dernière note de Rock Bottom (moins de 40 minutes), Wyatt distille de l'émotion à fleur de peau. Le caeur et l'âme s'expriment. Eu égard aux conditions dans lesquelles cet homme cassé a conçu un premier travail aussi sophistiqué, sans jamais verser dans le désespoir ou céder au découragement, Rock Bottom est une grande leçon de courage. Rock Bottom tient du génie et du miracle. Produit par un autre batteur, Nick Mason (Pink Floyd), Rock Bottom réunit 6 pièces d'orfèvrerie uniques, dépourvues de la moindre parenté avec une quelconque référence passée, mais n'ayant jamais, dans le même temps, impacté sur les générations suivantes. C'est son paradoxe, d'où l'isolement dans lequel il se terre encore aujourd'hui. Il est grand temps de l'exhumer d'un trou dans lequel il est incontestablement à l'étroit, pour l'installer au Panthéon du rock, là où sont les plus grands albums de tous les temps. Béotiens s'abstenir. (PLO54)
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