Gageons que la sélection des chansons proposées ici n’est pas du fait de Paul Anka, qui, si son expérience lui permet aisément de reconnaître une chanson populaire, tous genres confondus, n’avait, avec la même certitude, jamais entendu certains airs sur lesquels il pose ici sa voix. Et alors ? Edith Piaf prétendant, au faîte de sa gloire, pouvoir chanter le bottin, le Canadien peut bien se permettre d’interpréter le « Smells Like Teen Spirit
» de Nirvana (mauvaise idée), ou « Eye of the Tiger
», unique tube de Survivor cher à Rocky (très mauvaise idée).
Le concept de Rock Swings – faussement outrageant – est donc simplement d’interpréter, accompagné d’un grand orchestre et dans l’optique d’une chanson, commercialement destinée aux seniors, des mélodies qu’on a découvertes dans un contexte plus abrupt (ou jeuniste). Si l’on excepte les deux scories précitées, les douze autres chansons se portent plutôt bien du traitement, et ce n’est qu’une demi-surprise. Après tout, sous l’énergie de « Jump
» (Van Halen) ou de « Wonderwall
» (Oasis) pointait naturellement les canons de l’immédiateté et de l’efficience. Et il est de ce point de vue encore moins nécessaire de citer certains autres emprunts (« Hello
» de Lionel Richie, « Everybody Hurts
» de R.E.M., ou « True
», créé par Spandau Ballet), dans lesquels Anka s’ébroue avec la satisfaction du travail bien fait. Pour le reste, on pourra convenir que le cri libertaire du « Black Hole Sun de Soundgarden méritait sans doute mieux qu’un traitement swing.
»
Rock Swings n’intègrera qu’à grand-peine les charts américains généralistes (120
ème position), mais, en revanche, campera à la deuxième place des classements de musique de jazz, ce qui ne laisse pas d’étonner, pour un album qui n’est, ni rock, ni jazz.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story