John Lennon sorti du doute et des affres du bon choix, Madame Ono, se prit à se souvenir d'Hambourg, ce port d'accueil des glorieuses 50's. Ce flagrant délit de jeunesse nous vaut cet album remarquable jusque dans le titre. Il ne s'agit ici rien d'autre que de rock'n'roll brut, avant raffinage. Phil Spector a beau être aux manettes, point ici de fioritures superflues. Un clin d'oeil par-ci, par-là, histoire de délimiter les influences du plus grand groupe du monde, mais l'essentiel est ailleurs. Et le sien est riche, comme vous le saurez en vous plongeant dans ces 13 titres.
Si "You can't catch me" évoque inévitablement "Come together", John Lennon retrouve ici les intonations du premier effort solo qu'il fit sous l'appellation de Plastic Ono Band, cette déchirure qui sommeillait en lui depuis l'enfance et dont les prémices se trouvaient déjà sur "Twist and shout".
La voix se prêtait au rock'n'roll comme personne et s'il n'avait un jour rencontré McCartney, Lennon aurait sérieusement renforcé Gene Vincent, Vince Taylor et autres Johnny Kidd. Il avait tout pour être Cochran et c'est vrai que "C'mon ev'rybody" manque cruellement ici, tout comme d'autres standards. Mais le but de cet album n'est-il pas avant tout la manifestation d'un hommage à des titres plus qu'oubliés ? Certes, "Be-bop-a-lula" (qui se devrait de vivre une jeunesse nouvelle au Brésil cette année) figure au Panthéon bien fourni du rock'n'roll. La présence de "Peggy Sue" peut paraître étrange ici, d'autant que les royalties vont aller droit dans la poche de Paulo, lui, le fan absolu de Buddy Holly. Mais n'est-ce pas le frère retrouvé auquel il est rendu ici hommage ? Lennon a grandi, ses rancoeurs ont mûri. Madame Ono et ses frasques ont eu raison d'une rancune stérile, avec un "Nobody loves you when you're down and out" sorti en exil. En 1975, il est rentré au foyer. Il attend Sean avec Yoko et n'a plus soif de beuveries avec Harry Nilsson. Il nous chanterait bien un "Sag Warum" en bonus (et place ?) de "Do you want to dance" pourtant si prenant. En fait, si vous vous posez toujours la question "Pourquoi cet album, pourquoi lui ?", la réponse est comme toujours à la fin : "Just because".
Hélas, cette assurance avait un prix. Et nous continuons de le payer encore aujourd'hui. "Give Peace a chance" ? Tu parles : depuis le 8 Décembre 1980, on a du mal à y croire encore...