On pouvait penser que le cinquième chapitre de la famille Balboa parvenait à fermer la saga de fort belle manière : un retour aux sources du mythe dans la banlieue crasseuse de Philadelphie, un Rocky désabusé mais croyant revivre sa carrière au travers un jeune boxeur...
Ce sixième film parvient à faire mieux : le retour au film premier est encore davantage réussi, mais l'absence physique d'Adrian est presque le centre du film : décédée, Rocky vit dans sa peine et essaye de trouver la force de se lever chaque jour pour affronter la vie sans la femme qu'il a aimé trente ans durant. Rarement personnage absent aura été finalement si présent!
On retrouve bien sûr l'inévitable Paulie, parasite qui voit sa retraite arriver, et Rocky Junior qui souffre de vivre dans l'ombre de son père à l'aura intacte auprès d'un public friand de ce self-made man. La continuité finalement du cinquième film...
Quant à la boxe, elle ne représente au final qu'un rouage du scénario, et n'en est vraiment pas l'élement central : ceux qui cherchaient des combats homériques en sont pour leur frais. Rocky se contenterait bien de petits combats locaux, histoire de se sentir mieux dans sa peau, mais le destin en sera autre. Son dernier match sera contre un champion mal-aimé des médias, et à qui le blason doit être redoré. Rocky, d'ailleurs, hésite bien avant de se lancer dans un tel combat car il sent le piège où la vieille légende pourrait prendre la raclée de sa vie contre le champion 30 ans plus jeune. On sent derrière ce passage du film tout Stallone qui parle : qu'aurait-il à faire un sixième Rocky? Soit parvenir à faire rêver à nouveau les gens comme il y a trente ans, soit se gauffrer pour de pures raisons mercantiles.
Et avec panache, Stallone parvient à faire ce qui est un volet un peu en marge de la saga car moins sportif, mais qui émotionnellement tient la dragée haute à tous les films depuis le n°2 inclus. Dans un script d'une grande richesse où la rédemption, l'écoute et la sagesse sont de rigueur (non, Rocky n'est pas devenu Yoda, mais on sent que le personnage est devenu très riche intérieurement et qu'il souhaite partager ses expériences de la vie), Stallone au final raconte sa vie : celle d'un homme parti de rien, arrivé au sommet puis retombé dans les limbres du personnage lambda gardant une côte auprès du public. Sly réinvente la saga à travers le malaise familial avec maestria (la mort d'Adrian est osée, mais plus que réussie) et parvient également à mettre la boxe à un niveau très acceptable même si le match est ce qu'il est (le champion se casse la main au deuxième round, c'est suspect!). Il est certain que Mason Dixon sera le champion le moins prébiscité de la série, mais il faut dire qu'il est monolithique à souhait (même Clubber Lang et Ivan Drago étaient plus inspirés, c'est dire!), tout en étant un bon puncher (le match est très agréablement filmé et on sent le pay-per-view dans la mise en images).
Cet ultime (?) volet de la saga Rocky est une surprise comme Stallone n'en avait pas fait depuis... Rambo 1, soit 1982? Un chef d'oeuvre, tout simplement. Merci d'avoir remis les gants Sly!