Quelle surprenante histoire que celle de ce royaume de Sicile. En effet, en parcourant les siècles en feuilletant quelques livres d'Histoire, il paraît étrange de voir ancré au milieu du Moyen Âge, un royaume au sud de l'Italie, qui semble venu de nulle part et de plus créé par des normands, ce qui n'est pas banal. Puis par le jeu des successions, il passa entre les mains de l'empereur du Saint Empire Romain Germanique pour finir dans les mains de la maison d'Aragon, après un bref passage par la maison d'Anjou où un certain 30 mars 1282, certaines "vêpres siciliennes" firent parler d'elles encore très longtemps.
Cette biographie de Roger II, premier roi de Sicile, nous permet de comprendre comment et pourquoi s'était formé, à partir de rien, seulement à la force du poignet de quelques cadets de Normandie, un royaume. L'Italie, dont l'empereur du Saint Empire était le suzerain, depuis la "translatio imperii" du X e siècle -tout au moins nominalement- différait notablement entre sa partie nord et sud. Le sud était un monde où se côtoyaient arabes, africains, libyens. Byzance, elle, tenait une partie de la Calabre dont la population était en majorité grecque... Le sud de cette dernière comme la Sicile étaient occupées par les musulmans. C'est dans cette région cosmopolite, très commerçante, que les de Hauteville, venus comme bien d'autres de Normandie, se forgèrent un nom dont, pour l'un d'entre eux, la consécration fut le sacre royal du 25 décembre 1130 en la cathédrale de Palerme, alors grande mosquée...
Le roi Roger II de Sicile, dont le règne eut une magnificence, un raffinement que l'on a peine à imaginer si on se réfère à une cour d'un Louis VII par exemple, mit une quinzaine d'années à pacifier et soumettre parfaitement ses états. Il faut dire que ces temps étaient troubles, c'était le temps des croisades, du schisme d'Anaclet, d'une Rome qui rêvait de sa grandeur passée et qui bouillonnait, des empires qui s'affrontaient, d'une papauté qui se sentait peu rassurée prise, qu'elle était, en étau avec l'empire au nord et avec ce royaume tout neuf au sud. C'était aussi le temps où une Aliénor d'Aquitaine, reine de France, devint un jour reine d'Angleterre avec toutes les conséquences que l'on sait. Dans ce tourbillon, Roger II gouverna avec un sens politique sûr, une tolérance qui permit que toutes ces populations en Sicile, si diverses, pussent vivre en bonne harmonie.
C'est cette époque compliquée que Pierre AUBE a entrepris de nous conter, de nous révéler. Cet ouvrage est indispensable pour comprendre la création de ce royaume dont on ne cessera de parler tout au long des siècles suivants. Ce livre, facile à comprendre, plaisant à lire, est un véritable enchantement. En outre il possède une riche documentation