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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Paul Morand (1888-1976) un grand romancier un peu oublié,
Par
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Romans (Relié)
et pourtant ! le premier roman publié en 1924 de Morand fut aussi celui qui, à sa sortie, a eu le plus grand succès public "Lewis et Irène" (une histoire entre le bouillonnant Lewis -homme d'affaires instinctif et intuitif, dandy, sûr de lui, hommes à femmes et un brin veule- et la sublime Irène, femme d'affaires mystérieuse, indépendante et tout autant sûre d'elle, ils se rencontrent en Sicile luttant tous les deux pour l'achat de mines riches en minéraux... désirs, mariage, abandon des affaires, ennui, désamour, reprise des affaires, nouvelle complicité avec en arrière-fond la montée du fascisme...) une rapidité d'écriture, des métaphores étonnantes, un style unique, un grand plaisir de lecture qui nous éclaire un peu sur la modernité des années folles ; le second (1927) "Bouddha vivant" relate l'histoire du prince héritier du royaume du Karastra -entre la Thaïlande et le Laos- Jâli qui va fuir son paradis doré avec un jeune français -Renaud d'Écouen- afin de découvrir l'Occident mythique et après des errances entre Londres, Paris et les États-Unis tentera de prêcher la doctrine du Bouddha aux occidentaux déjà tellement matérialistes... de l'humour à revendre, un manichéisme amusé entre la sagesse asiatique et un Occident très terre à terre... on retrouve le style vif et rapide avec en plus une distanciation amusée ; le troisième -1930- "Champions du monde" nous conte quatre destins d'étudiants de Columbia qui se promettent de se revoir tous les dix ans -on est en 1909- et de s'éclabousser les uns les autres de leur évidente réussite dans divers domaines... 1919 puis 1929, évidemment rien ne sera tel qu'ils l'avaient imaginé... une écriture claire et précise, une opposition entre la jeune, puritaine et enthousiaste Amérique et une Europe vieillissante, décadente et noyautée par le vice ; le quatrième "France-La-Doulce" -1934- une sorte de bouffonnerie caricaturale sur le monde du cinéma français noyauté par ces "margoulins" étrangers dont la plupart sont des réfugiés juifs fuyant les persécutions du régime hitlérien (on lui a reproché cette sorte de pamphlet aigri par la suite trop teinté d'antisémitisme mais qui restitue assez bien l'ambiance de l'époque) bon il faut le prendre comme un document historique ; le cinquième "L'homme pressé" -1941- nous raconte l'histoire de Pierre Nox un antiquaire éminemment cultivé qui est toujours en avance sur les lenteurs de ses semblables, hyperactif et malade de son besoin de devancer les événements -un double de Morand assez proche du Lewis de son premier roman- qui rencontrera l'amour ce qui ne le changera guère, seule la maladie -et la mort- sera plus rapide que lui... écriture jubilatoire aussi rapide et pleine d'esprit que Pierre Niox avec son art unique de la formule ; le sixième "Montociel, rajah aux grandes Indes" -1947- est un roman historique (Morand ambassadeur de Vichy sous le gouvernement collaborationniste de Laval, exilé en Suisse après avoir été démissionné et interdit de publication en France) il met un prolétaire français qui après un parcours picaresque devient le maharadjah de Oudore au centre de l'Inde quelques années après la révolution française, Morand s'amuse à nous décrire une Inde mythique où les anglais, les français de tous bords, ainsi que les locaux luttent de l'air du temps... une écriture plus pondérée des plus élégante qui n'a rien perdu de son acuité ; le septième "Le flagellant de Séville" -1951- est aussi un roman historique qui est en fait une métaphore de l'occupation de la France par les allemands mais il nous décrit l'occupation de l'Espagne par les troupes napoléoniennes, la destitution du roi légitime, l'imposition du frère de Napoléon Joseph comme nouveau roi, et la lutte des pro-français et des pro-espagnols particulièrement au travers de son héros Don Luis qui a toujours cru à la France des Lumières, au Génie fédérateur et novateur de Bonaparte et qui se compromet intégralement dans la collaboration contre ses proches et tout particulièrement contre sa femme Maria Soledad qui en périra... une histoire d'amour et une lecture éclairée de ce qui a pu se passer en France durant la guerre ainsi qu'une fresque de mots emportant, son plus long roman, injustement passé sous silence ; et son huitième et dernier roman "Tais-toi" -1962- qui nous raconte la quête de Silvère de son cousin Frédéric Lahire dont il vient d'hériter et dont il ne sait rien, si ce n'est que ce fut un industriel richissime et très laconique pour ne pas dire silencieux, puis "Le silence, c'est mon langage" le roman existentialiste de Morand qui nous dit que mieux vaut se taire dans l'époque actuelle où la parole est galvaudée... plus un roman inédit écrit en 1910, une sorte de roman mondain entre Paris, Londres et Venise "Les extravagants, scènes de la vie de bohème cosmopolite" sympathique où l'on sent le Morand en devenir. Un volume de découvertes et de plaisir de lecture, je le conseille fortement.
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