Présentation de l'éditeur
Pour la plupart, ces oeuvres ont pour arrière-plan une société urbaine, occidentalisante et
pervertie. Tanizaki a même créé un genre, « le naomisme », du nom de lhéroïne émancipée,
Naomi, qui a servi demblème à son époque. Toutes développent les thèmes de la sensualité, de
la fascination pour le corps de la femme et lart pervers de la séduction. Lhomme ou la femme aux prises avec leurs passions ne connaissent plus de limite : le meurtre sans scrupule et sans remords sinscrit dans leur logique intime et simpose tout naturellement comme la meilleure issue au terme de jeux spéculatifs déchirants. Les passions mènent leur propre jeu, indifférentes à toute morale, à tout bon sens. On en voit laspect cocasse dans Le Chat, son maître et ses deux maîtresses où Tanizaki choisit une chatte comme objet dadoration. Dans Shunkin, Tanizaki développe avec cruauté la passion contrariée dune jeune fille dune grande beauté devenue aveugle à 8 ans (Shunkin) et de son serviteur Sasuke, qui laccompagne tous les jours chez son maître de musique où il retient fort bien lenseignement destiné à sa seule maîtresse. Shunkin exerce tous les raffinements de la cruauté et de lhumiliation à son encontre jusquau moment où découvrant son talent pour le shamisen (un instrument de musique traditionnel), Shunkin lui enseigne tout ce quelle a appris. Jusquà la fin du roman, le lecteur restera incertain : qui a défiguré la si belle Shunkin à leau bouillante ? rendant ainsi possible lamour de Sasuke qui, pour être à la hauteur du sacrifice, se prive délibérément de la vue. Dans Un amour insensé, Tanizaki dévoile son projet en ouverture, dès les premières lignes : « Je me propose de raconter le plus honnêtement possible, sans rien déguiser, dans sa vérité nue, notre vie conjugale, dont le monde apparemment noffre pas beaucoup dautres exemples ».
Biographie de l'auteur
Junichirô Tanizaki (1886-1965) est issu dune famille de commerçants prospères, mais qui
connaît bientôt la ruine. À 12 ans, il écrit ses premières nouvelles, publiées dans la revue de son
école. À 15 ans, il commence à publier quelques essais. À 25 ans, il parvient à vivre de sa plume,
sintéresse au cinéma et devient scénariste. Malgré une vie privée sulfureuse qui lui vaut une
réputation de pornographe, il est reconnu au Japon comme un des géants de la littérature, à
égalité avec Kawabata et Mishima.