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3.0 étoiles sur 5
Made in Japan, 7 avril 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rosée de feu (Broché)
Je dois être un mauvais lecteur. Dès que je suis face à un roman russe, je mets un temps infini à repérer qui est qui. La faute aux noms à rallonge des personnages. Comment, chez Dostoeïwsky par exemple, arriver à distinguer Ivan Ossipovitch de Nicolas Vsevolodovitch ou de Stepan Trofimovitch ? Je m'y perds un bon moment. Avec les Japonais, c'est pire. Les Kuno, Tatsuo, Kitaro, Hideo et Tamao défilent et me donnent le tournis. De temps en temps, un sobriquet traduit fait émerger une identité : « Cochon Gras ». Qui est le père de qui, qui commande quoi ? Mes difficultés font sourire ma fille, grande consommatrice de mangas et rompue à leurs dizaines de figurants.
Ceci dit, le roman de Xavier Mauméjean, Rosée de feu, ne pousse pas le lecteur à s'attacher à ses héros, tous promis rapidement à une mort certaine. L'Histoire est déjà écrite, les Américains vont l'emporter. Et nous ne sommes pas loin de la fin, au moment où les Japonais abattent leur ultime carte : des unités suicides, les fameux kamikazes.
Ce méticuleux récit de guerre est très documenté, jusqu'à nous décrire le dernier boulon de la tourelle de tir d'un B29. L'auteur le rehausse toutefois d'une touche fantastique en imaginant que les Japonais disposent d'une arme secrète, leurs « Ryûs », des dragons, des VRAIS dragons avec des écailles et des pattes griffues, mais qui bénéficient de quelques gadgets humains supplémentaires : ils emportent des bombes, sont équipés pour certains de mitrailleuses et on leur a brêlé - j'ai au moins appris ce mot français - sur le dos un poste de pilotage. Léger inconvénient : comme chacun sait, les dragons crachent du feu et si la tête du pilote ne leur revient pas, ils savent très bien tourner la leur à 180° pour le carboniser.
Pendant que les fils, tels des bombes humaines, se jettent avec leurs bestioles sur les navires américains qui resserrent leur étau et que les villes sont pilonnées par les forteresses volantes, les pères, mères, frères et saeurs survivent tant bien que mal dans les campagnes. Le patriotisme et le culte de l'empereur Hiro-Hito restent de rigueur, une Police de la Pensée y veille. C'est ainsi que le jeune Hideo, pourtant sympathique, en viendra à dénoncer son vieil instituteur. Monsieur Nagayama lui avait conté en détail le sac de Nankin de 1937 et les atrocités commises alors par les soldats japonais, faisant ainsi preuve d'une compassion pour l'ennemi politiquement incorrecte à l'heure où le Japon se préparait tout entier à vaincre ou mourir.
Ce roman m'a laissé de bois, l'un des cinq éléments de la pensée chinoise, évoqués par Xavier Mauméjean dans sa postface. L'auteur y explique qu'il s'est gardé de « recourir au pathos pour obtenir un effet » et qu'il a volontairement « asséché le récit ». Ceci explique sans doute cela. Je suis donc resté tout aussi imperméable aux règles du bunraku, théâtre de marionnettes, qui forment paraît-il l'ossature de son récit. Bref, même si je compatis aujourd'hui à ses malheurs, je ne suis pas prêt à succomber à la fascination pour le Japon ni, comme ma fille (encore elle !), à faire la queue pour entrer à la Japan Expo. Mais si vous, vous aimez les récits de guerre, n'hésitez pas : lisez Rosée de feu.
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