Nikolai Andreevich Roslavets est né en 1881 à Surazk, Russie. Dans les années 1890, il débuta des études musicales à Koursk, puis fut admis au Conservatoire de Moscou, où il eut comme professeurs Jan Hrimaly (1844-1915), Alexander Ilyinsky (1859-1920), Mikhail Ippolitov-Ivanov (1859-1935) et Sergei Vasilenko (1872-1956), Conservatoire dont il sortit diplômé en 1902. Dans les années 1910, Roslavets devint l'une des figures majeures du mouvement « futuriste » puis, après la Révolution d'Octobre, une pléiade de compositeurs comme Alexander Goedicke (1877-1957), Michael Gnesin (1883-1957), Vladimir Scherbachov (1887-1952), Vladimir Deshevov (1889-1955), Nikolaï Obouhov (1892-1954), Arthur Lourié (1892-1966), Leonid Polovinkin (1894-1949), Lev Knipper (1898-1974), Alexandre Mossolov (1900-1973), Alexei Zhivotov (1904-1964, Gavriil Popov (1904-1972) et Nikolai Roslavets vont trouver avec les événements révolutionnaires la possibilité d'imposer leurs vues et leurs expériences musicales, avec l'appui de Anatoli Lounatcharski, Commissaire à l'Instruction de 1917 à 1929, le « Futurisme » prenant une nouvelle dénomination tirée du vocabulaire politique bolchevique, « l'Avant-Garde », bien qu'il s'agisse, sur le plan artistique, d'un seul et même mouvement, mouvement artistique qui s'étend donc de 1900 à 1930 environ et qui s'achève au début des années 1930 lorsque le pouvoir stalinien impose de façon brutale le « Réalisme socialiste » comme doctrine officielle et unique du régime. De ces années antérieures, Lourié écrira plus tard : « C'était une époque fantastique, incroyable et le futurisme fut la chose la plus pure qu'il m'est jamais été donné de connaître ». Dans les années 1920, Roslavets fut l'un des responsables de l'ASM (Association pour la Musique Contemporaine, filiale russe de l'association internationale du même nom), rivale de la RAPM (Association Russe pour la Musique Prolétarienne, dont les représentants les plus connus étaient Vladimir Zakharov (1901-1956), Lev Lebedinsky (1904-1992), Daniil Zhitomirsky (1906-1992), Marian Koval (1907-1971) et Klavdiya Uspenskaya), mais dont il s'aliéna définitivement toute sympathie suite à un article intitulé « De la musique pseudo prolétarienne ». Roslavets fut contraint en 1930 de faire une autocritique publique, et fut envoyé pour quelque temps à Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan, pour y fonder un Conservatoire de musique et pour y recueillir, à la manière de Béla Bartók, les traditions musicales du peuple Ouzbek... De retour à Moscou en 1933, il ne fut pas admis au sein l'Union des compositeurs de l'URSS, qui avait remplacé l'ASM et la RAPM, toutes deux dissoutes en 1932, et fut employé par le Fond musical de l'URSS, Fond chargé des questions économiques et administratives de la vie musicale en Union Soviétique, bien qu'il continua néanmoins à composer. Roslavets subit une première attaque cérébrale en 1942, suivie d'une seconde en 1944 qui lui fut fatale.
Dès 1907, Nikolai Roslavets avait proposé, à la place de la libre atonalité qu'il pratiquait initialement, un nouveau système d'organisation des sons basé sur « l'accord synthétique », qui lui aurait été inspiré par « l'accord mystique » d'Alexandre Scriabine (1872-1915), bien que Roslavets s'en soit défendu ; ce système, qui vise à élargir les possibilités de la tonalité, a également parfois été comparé au dodécaphonisme d'Arnold Schönberg (1874-1951) ; « Je sais que l'acte créateur n'est pas une transe mystique, qu'il n'est pas une divine révélation mais un moment de suprême effort pour amener l'inconscient dans la sphère de la conscience » écrit-il en 1924. Toutefois, vers la fin de sa vie, Roslavets reviendra à une tonalité libre. Parmi ses oeuvres majeures, on peut noter six Sonates et sept Préludes pour piano, six Sonates et « Vingt-quatre préludes » pour violon et piano, deux Sonates pour alto et piano, deux Sonates pour violoncelle et piano, cinq Trios avec piano, cinq Quatuors à cordes, un « Nocturne » pour harpe, hautbois, deux altos et violoncelle, deux Concertos pour violon, cinq (dont trois ont été perdus) poèmes symphoniques, dont « In the Hours of the New Moon » d'après Jules Laforgue et « Komsomoliya », une Symphonie de chambre, une Symphonie, la Cantate profane « Octobre », « To Mayakovsky's Death » sur un texte de Pimen Panchenko, ainsi que trois recueils de Mélodies.