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5.0 étoiles sur 5
Ladytron forever, 13 juin 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Roxy Music (CD)
Attention, il s'agit probablement d'un des premiers albums les plus réussis de tous les temps. Sorti en 1972, Roxy Music est le premier disque du groupe du même nom, un des plus grands groupes de l'ère British glam-rock. Le groupe, à la fois rétro et futuriste dans leur style, comprend Bryan Ferry (chant/claviers/compositions), Phil Manzanera (guitares et lunettes 'yeux de mouche' sur la pochette intérieure), Bian Eno (bidouillages électroniques, claviers), Graham Simpson (basse) et Andy Mackay (saxophone, hautbois).
Sous une pochette hautement chic et choc montrant une ex petite amie de Keith Richards (Kari-Ann Moller) dans une pose et une tenue totalement glamour se cache un disque ambitieux et parfois difficile à cerner.
L'album s'ouvre en fanfare par un titre remarquable nommé Re-Make/Re-Model, dans lequel Bryan Ferry nous raconte qu'il est tombé amoureux d'une fille dont le numéro est CPL953H. Non, ce n'est pas un numéro de téléphone, mais bel et bien une...plaque d'immatriculation. Ferry est totalement in love avec sa voiture, on le devinera. A un moment, chaque membre du groupe se retrouve avec un mini solo (notamment Graham Simpson, qui s'amuse avec le riff du Day Tripper des Beatles !), ce qui constitue pour le moins un passage extraordinaire !
Le titre suivant est sans doute mon préféré du disque, Ladytron. Débutant par un long passage instrumental dans lequel Eno s'amuse à bidouiller à tout va (délire futuriste total), le morceau ne prend vraiment son ampleur qu'à partir du moment où Ferry déboule (you got me, girl, in a runaround, runaround, you got me all around town), avec sa voix glam et suave, absolument envoûtante. Et pis après, le hautbois de Mackay est, comment dire...immense, y à pas de mots pour le décrire, en fait.
Les grands titres sont légion sur ce disque. Signalons Sea Breezes, avant-dernier titre, 7 minutes de pure beauté...If There Is Something, très long lui aussi, et démarrant d'une manière assez pénible (ambiance 50's, avec vois de crooner à la mords-moi-l'paf de Ferry) pour se poursuivre dans un déluge remarquable de synthés, le tout sur plus de 6 minutes...
La réédition CD propose le bonus track Virginia Plain, sorti en single à l'époque, et premier carton de Roxy Music. Je ne le précise pas dans le bas de l'article en ce qui concerne le tracklisting, donc sachez que ce bonus track se trouve non pas en fin de CD comme c'est toujours le cas pour les bonus, mais en fait situé entre If There Is Something et 2HB, soit dit en quatrième position.
Je ne peux que conseiller Roxy Music à tous ceux (et celles) qui ont l'oreille musicale et n'ont pas peur de se plonger dans une musique parfois très spéciale (The Bob (Medley), rétrofuturiste par excellence), et difficile à apprécier pleinement à la première écoute. Mais sachez perséverer, au final, vous vous en rendrez compte : ce disque est un sommet absolu de l'histoire du rock.
Après le départ d'Eno (peu après le second disque du groupe), rien ne sera plus pareil, le commercial prendra le pas sur l'expérimentation. C'est pourquoi ce disque reste de loin le meilleur du groupe.
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5.0 étoiles sur 5
Re-faire/Re-modeler forever..., 28 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Roxy Music (CD)
Il fallait un sacré culot, en 72, pour sortir un album avec une pin-up surmaquillée en couverture.
Resituons les choses.
A l'époque, le bon ton c'était les vestes de l'armée US, les jeans "patchés" (à la Neil Young) et les badges "Make love...". Bref, Brian Ferry, ex étudiant en art de Newcastle et fondateur de Roxy, ne manquait vraiment pas d'air en provoquant ainsi directement les hordes chevelues qu'il était censé séduire.
D'autant que la musique proposée était exactement à la hauteur de son emballage, mi-trash/mi-classe.
Ferry, espèce de geek maigrichon branché art contemporain, s'était en effet fixé pour mission de réviser complètement le concept "rock" afin de le rapprocher de son univers de prédilection, celui des petits snobs qui fréquentent les galeries d'art.
Marqué par une culture musicale éclectique allant du Velvet à Dylan, en passant par la chanson populaire de l'entre-deux guerres et les pionniers des fifties, Ferry n'avait aucun préjugé musical, juste une ambition sans limite.
Avec son copain bassiste Graham Simpson, il allait pour mener son projet à bien, successivement, recruter: Andy McKay - un saxophoniste/hautboitiste qui ne savait absolument pas jouer -, Paul Thompson - un batteur prolo fan de John Bonham - et David O'List - qui fut un temps guitariste du groupe Nice de Keith Emerson. Cerise sur le gâteau, Ferry allait aussi engager sa Némésis, celui qui allait faire de l'ombre à toute sa carrière: Brian Eno, un dandy précieux, qui adorait porter des trucs-en-plume et s'était fait remarquer en créant une oeuvre sonore réalisée en amplifiant le son produit par des vers de terre.
Tout ce joli monde travailla d'arrache-pied pour composer un répertoire, se produisant occasionnellement chez le gourou rock John Peel et s'attirant ainsi quelques critiques positives de l'intelligentsia du temps.
Un contrat d'enregistrement fut rapidement signé avec le label Island, mais, juste avant d'entrer en studio, O'List - qui se la jouait un peu star - fut remplacé au pied levé par Phil Manzanera, un guitariste inconnu mais doué.
Et voilà qu'en juin 72 paraît ce premier album éponyme, qui allait se révéler être une révolution musicale à lui tout seul, même si à l'époque il semblait juste être une "novelty" de plus.
Pourquoi? Passons en revue les morceaux pour mieux comprendre...
Le disque s'ouvre sur un bruit de cocktail mondain, verres qui s'entrechoquent sous-tendus par une pulsation menaçante. Un piano aigrelet pose le tempo. Et soudain la batterie déboule comme un éléphant dans une fabrique de flûtes en cristal, secondée par une basse bondissante et une guitare acérée. C'est « Re-make/Re-model », un pur morceau de rock'n'roll déjanté, rehaussé par des bips-bip électroniques et des traits de saxe gouailleur. Cet espèce de pastiche post-moderne du rock fifties est enjolivé par des backing vocals qui se contentent de scander la plaque minéralogique d'une voiture garée devant le studio : CPL 593H. Vous vous faites une idée du délire ? Et cet assemblage sonore sidérant sonne finalement comme un truc de New Wave qui aurait pu sortir en 1982. C'est dire le côté précurseur de la chose !
Deuxième titre, « Ladytron » : une intro « ambient » façon Eno sur tapis de synthé VCS3 et de mellotron, le tout survolé par un hautbois plaintif. Et puis la voix chevrotante de Ferry s'invite à la fête et on change complètement d'ambiance pour se trouver avec un truc situé entre la java de baloche avec castagnettes (ils ont osé !) et un chorus façon prog-rock galopant. Vous avez dit bizarre?
« Is There Something », la troisième plage , démarre sur un vrai thème country estampillé Nashville, avec quelques interventions quasi rockabilly de la guitare de Manzanera. Un break improbable de saxe - entre free jazz et « je sais toujours pas jouer de ce machin chromé » - démolit tout ça pour écarter le rideau sur un grand moment romantique ringard, avec un Ferry qui se met à crooner comme un chanteur de foire, tandis que des choeurs à la limite de la justesse répètent avec conviction : « When we were Yoounnggg! »
Le CD propose ensuite « Virginia Plain », premier single du groupe qu'on ne trouvait pas à l'origine sur l'album. Pour moi, c'est plutôt une bonne idée que d'avoir inséré un morceau de rock un peu plus primitif entre deux morceaux plus ambitieux. Il ne faudrait quand même pas oublier que nous sommes là pour nous amuser.
Après cela vient un hommage à Humphrey Bogart, « 2 H.B. », avec citation de dialogues de Casablanca (« Here's looking at you kid ») et ambiance feutrée et rêveuse. La première face du vinyle s'achevait ainsi sur des saxes nébuleux se dissipant en bulles sonores au-dessus d'un piano électrique brumeux. Un son d'ensemble qui évoquait déjà ce que Brian Eno allait par la suite produire en solo.
Debut de face deux, retour aux choses sérieuses, avec - à nouveau - des bruits d'ambiance signés Eno en ouverture de « The Bob » (comprenez: "The Battle of Britain"). Ce medley inattendu mélange - à la façon d'un collage de Dali - hymne rock glauque, bruits de guerre et explosions électroniques comme aurait pu en jouer Little Richard s'il s'était intéressé aux synthétiseurs. Certains passages vont même jusqu'à rappeler le rock expérimental teuton de l'époque. Logique, après tout, pour une partition qui se veut évocatrice de la Bataille d'Angleterre.
Et puis nous voilà avec « Chance Meeting », une balade glacée jouée au piano par Ferry, soutenu par une basse en contrepoint et des larsens de guitare embrumés de réverb. Un grand morceau qui pourrait presque passer pour du Radiohead, et qui a certainement dû donner des idées à pas mal de groupes qui cherchaient à sortir des sentiers battus. Rien d'étonnant, donc, à ce que Robert Smith et Ian Curtis n'aient jamais caché leur admiration pour le premier Roxy.
Et pour se remettre du traumatisme musical, Roxy nous offre alors « Would You Believe », une parodie rock'n'roll avec quelques accents doo-wop, dont le caractère anecdotique et déplacé font toute la saveur.
Surtout qu'après cela arrive « Sea Breezes », un deuxième titre dans la lignée de « Chance Meeting », avec bruits de vagues et hautbois sinistre, tandis que Ferry nous explique qu'il a le coeur brisé à tout jamais et que c'est affreux. On le croirait presque. Un grand moment néanmoins, qui sonne comme quelque chose qui aurait pu sortir dix ans plus tard.
Enfin, le CD s'achève sur « Bitters End », avec le retour des castagnettes et une ambiance qui fait penser à un bal pour communiants british au début des fifties. Le cocktail touche à sa fin, tout le monde rentre chez lui pour se pendre.
Et la somme totale de tous ces ingrédients disparates nous donne un disque séminal, indispensable pour quiconque désire comprendre où une bonne partie du rock britannique actuel a pris sa source.
La voix de Brian Ferry n'était pas encore très assurée (on a parfois l'impression d'avoir un chanteur différent sur chaque morceau) et l'album part dans tous les sens. Mais, accrochez-vous ! J'ai moi-même eu du mal à entrer dans cet univers baroque (n'roll), trompé que j'étais par l'étiquette « glam rock » que la critique avait collée à ce trésor. Mais si jamais je ne devais emporter qu'un seul disque sur une planète déserte, celui-ci serait un candidat sérieux.
Roxy allait pondre encore quelques bons albums pendant les neuf années (avec quelques interruptions) qui lui restaient à vivre, mais jamais plus le groupe ne retrouverait le bouillonnement créatif de la première heure.
Et si Brian Ferry a tenté d'évoquer le son de cette jeunesse enfuie sur son dernier solo « Olympia » - qui n'est pas mal du tout, d'ailleurs - il est forcé de reconnaître dans ses interviews récentes qu'il est bien difficile d'être, après avoir été...
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