Trop habitué à la musique de Tchaikovski, Minkus ou Delibes, on pourrait trouver celle de Prokofiev anorexique, comme une belle femme, oh oui ! mais manquant de hanches et d'épaules, et puis à l'entendre et réentendre on finit par succomber à ses charmes anguleux, à sa voix aigrelette mais candide, fraîche et drôle parfois, même à ses colères de grand méchant loup qui ne font pas peur.
- Noureïev a tout retenu des chorégraphes modernes et rien oublié des anciens. Synthétisant le meilleur d'entre eux, il les surpasse tous. Etonnemment neuf et classique, toujours inventif en restant d'une élégance parfaite, ne tombant jamais dans la redondance ni dans les redites, réduisant la pantomine au stricte minimum (même le mariage par Frère Laurent est dansé en quelque sorte), il rend à Roméo et à Juliette leur juvénilité, à Mercutio sa drôlerie, ( l'ironie macabre de sa mort est presque insoutenable), et aux parents leur violence fanatique. Quant aux scènes de foules, combats de rues, fêtes de marché ou bal chez les Capulet, lui seul était capable d'en chorégraphier d'aussi éblouissantes en pertinence et en force.