replaçons-nous dans le contexte de la sortie de ce petit roman publié en 1895 alors que le Brésil vient de libérer la totalité de ses esclaves noirs mais les noirs restent des citoyens de seconde zone qui doivent garder une attitude humble d'inférieur vis-à-vis des métis et évidemment des blancs, Adolfo Caminha ose dans ce récit étonnamment moderne et au thème scandaleux mettre-en-scène un grand noir -Bom-Crioulo- simple, fort, musculeux d'une beauté virile évidente Et homosexuel sans vergogne et sans culpabilité tomber passionnément amoureux d'un jeune mousse de 15ans Aleixo -"...ses yeux pers clairs comme de l'eau de roche, et ses lèvres, pleines, du plus beau rouge." p32 qui lui n'est pas insensible aux égards et à la protection que lui procure Bom-Crioulo, sans être attiré par lui et malgré une alacre viridité il lui cède sexuellement et devient sa poupée et partage une chambre rue de la Miséricorde avec lui à Rio dès qu'ils ont des permissions... mais Bom-Crioulo est muté de sa corvette sur un cuirassier, il n'a plus de permissions, il ne peut plus voir Aleixo, il en souffre, il se laisse aller à sa nature sauvage (car Adolfo Caminha cède à quelques clichés tout de même...)l'alcool, la violence pendant que Aleixo devient le petit amant de la tenancière de la pension de la rue de Miséricorde et commence à mépriser ce noir qui l'a pratiquement asservi à ses désirs malsains... Je vous laisse le plaisir de découvrir le dénouement sanglant de cette histoire d'amour, de jalousie et de cruauté (= il décrit la marine -dont il faisait partie- comme une colonie hiérarchisée aux punitions sadiques et implacables-).
"Le caprice de Bom-Crioulo était satisfait. Aleixo apparaissait dans son exubérante et généreuse nudité d'une blancheur sans faille, ses formes presque féminines ressortant dans le clair-obscur de la chambre, dans la pénombre voluptueuse de ce sanctuaire, licencieux et secret, d'inavouables passions... Un beau spécimen d'éphèbe que la Grèce eût sans doute immortalisé en strophes limpides et en sculptures d'une facture sensuelle et vigoureuse. Sodome resurgissait dans une misérable et triste bicoque de la rue de la Miséricorde, où tout baignait, en cet instant, dans une douce quiétude de lointains confins." p70