Pour la première fois, un groupe issu du punk prenait la musique traditionnelle irlandaise à bras le corps. Après un premier album approximatif, pâle reflet de leurs délires scéniques, les Pogues sortent en 1985 leur premier grand disque. Produit par Elvis Costello, cet album révèle un grand auteur de chansons : l'édenté Shane McGowan, considéré jusqu'ici comme un sympathique boute-en-train dégénéré. Il suffit d'écouter sa superbe ballade "A Pair Of Brown Eyes", d'ailleurs reprise plus tard par son idole l'Irlandais Christy Moore, pour comprendre qu'il est de la trempe d'un Van Morrison ou d'un Nick Cave. L'autre superbe réussite du disque est aussi une ballade : la reprise du "Dirty Old Town" de Ewan McColl, leader du renouveau folk anglais dans les années cinquante. Popularisé par les Pogues, cet hymne prolétarien a gagné sa place dans les juke- boxes de tous les pubs outre-Manche. Ecoutez McGowan éructer tranquillement le mot "Canal", soudain c'est toute l'âpreté des faubourgs miséreux de la vieille Angleterre qui vous saisit et ne vous lâche plus.
--Hubert Deshouse
Le premier meilleur album de The Pogues (en fait, le deuxième, et si c’est difficile à suivre, c’est que ce sont The Pogues) ramène cette année-là dans la chanson populaire une valeur égarée dans les hit parades : le sens de la rigolade.
D’un titre d’album inspiré d’une citation de Winston Churchill (mais il semblerait que ce soit usurpé), évoquant la Royal Navy, à un tableau de Géricault détourné dans un esprit de potache, en passant par des clichés où les musiciens posent en uniformes du XVIIIème siècle (Shane MacGowan est particulièrement gratiné avec son bicorne), et une conférence de presse de présentation de l’album, qui se déroule sur un voilier, et durant laquelle un journaliste finit dans la Tamise, tout démontre qu’on peut faire des choses sérieuses avec humour.
Du sérieux, le chanteur, auteur, compositeur, et, ici, producteur Elvis Costello n’en manque pas, qui retrousse ses manches, comme s’il partait en croisade, afin de capter l’énergie de The Pogues, avant qu’ils ne soient broyés par le système.
Il y parvient parfaitement, aidé en cela par un groupe au sommet de sa forme (le guitariste Phil Chevron vient d’intégrer avec bonheur l’équipe), et Shane MacGowan démontre (
« Sally MacLennane ») qu’il ne lui a fallut que quelques mois pour devenir un grand auteur de chansons.
La version de
« Dirty Old Town » (mélodie signée Ewan MacColl), définitive, est entrée dans l’histoire, et il en est de même pour
« The Band Played Waltzing Matilda », qui sera plus tard interprété par les Dubliners.
Et, cerise sur le disque, la bassiste Cait O’ Riordan ponctuellement (dans
« I’m A Man You Don’t Meet Everyday » sic), et Shane MacGowan tout du long, assurent de formidables performances vocales. Á noter que la chanson
« The Old Man Drag » sera utilisée dans le film de Gus Van Sant
My Own Private Idaho (1991).
Run Sodomy & The Lash atteindra la treizième position des charts britanniques, et le single
« A Pair of Brown Eyes » intègrera le Top 100 de sa catégorie.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story