Auréolé de nombreuses récompenses anglo-saxonnes, Sequelles est une oeuvre noire intéressante dont le panégyrique me paraît quelque peu exagéré.
Comparé au titre original, The Broken Shore (le rivage brisé peut-être...), celui de l'ouvrage français ne me paraissait pas des plus judicieux tant sa référence aux états d'âme de Joe Cashin, l'enquêteur principal de l'affaire criminelle, occultait l'intérêt porté à cette sale histoire de moeurs se déroulant à Port Monro, petite bourgade balnéaire de l'Etat méridional du Victoria en Australie. Mais force est de constater que l'histoire est somme toute secondaire, Joe Cashin retenant toute l'attention du lecteur par son imposante personnalité.
Peter Temple plante son décor à Port Monro, théâtre d'affrontements entre ses élites blanches, sa police et ses familles aborigènes, acculées à la misère, ostracisées pour leur manque d'intégration et condamnées pour leurs activités interlopes. L'histoire narrée, mêlant racisme et pédophilie, ne sort pas des sentiers de la banalité, pléthore d'intrigues se fondent sur l'oppression idéologique raciale ou les déviances sexuelles pour dévoiler le pan le plus sombre de l'humanité. L'intérêt majeur de l'oeuvre ne réside pas non plus, à mon sens, dans la résolution de l'affaire qui manque de réalisme, ni dans le cachet australien des scènes de crime (seule la présence de la « caste » aborigène et la mention de Melbourne opèrent le lien avec le territoire australien, le cadre géographique pourrait être tout autre) ou encore dans le traitement partiel et esquissé des personnages secondaires, phagocytés par le caractère solitaire de la personnalité de Joe Cashin.
Là où excelle Peter Temple se situe dans l'élaboration de nombreux dialogues nerveux, empreints d'une âpreté percutante, d'une causticité incisive ou encore d'une rageuse amertume. Joe Cashin est un maître de l'éloquence brutale. Mortifié par les salissures du corps social, ses propos charrient de l'aversion à l'endroit de tout ce qui contribue à l'injustice et plaident pour une refondation de l'esprit démocratique par la promotion de la droiture et de la tolérance. Mais l'homme n'est guère optimiste. Solitaire, désabusé, claustré dans sa culpabilité de flic, il se heurte à son émotivité rapiécée et à sa distanciation à l'égard de sa famille.
Séquelles est en définitive un roman noir de qualité enracinant son intrigue - dénuée d'originalité - et ses personnages dans un terreau de violence et de racisme, accablé par un désordre social contre lequel il est finalement vain de lutter. Un fatalisme assumé car dramatiquement ancré dans une réalité où le projet sociétal de vie en communauté responsable n'a jamais éclos.