Oui, avec Séraphine on est loin de l'art conceptuel. Aucun calcul, aucune stratégie, pas de professeur chez lequel elle aurait pu courir, gamine, pour prendre des cours de dessin.
Jeune, c'est dans la pauvreté qu'elle vit. Adulte, c'est toujours dans la pauvreté qu'elle survit, elle est femme de ménage, pour les travaux noirs, comme elle le dit elle-même. Mais un soir, un beau jour, elle peint, et elle va peindre jusqu'à ce qu'un collectionneur, Wilhelm Uhde, le découvreur de Picasso, de Braque et du Douanier Rousseau, l'emploie comme femme de ménage et la découvre à son tour, reconnaissant en elle une grande artiste.
Ce ne sont pas les bourgeois de Senlis qui vont s'aventurer sur un terrain qu'ils ignorent lors d'une exposition à la mairie de la petite ville. Les journalistes parisiens ne parleront que de Séraphine, le lendemain, dans les journaux de la capitale. A Senlis, dans la feuille de choux locale, rien sur les trois grands tableaux accrochés parmi les oeuvres des locaux, les seules à faire se pâmer le correspondant du moment.
Cela illustre le sarcasme dont elle a souffert toute sa vie, n'étant jamais sortie de Senlis, ou presque.
Mais lisez ce livre, ou voyez le film porté à l'écran par Martin Provost qui nous fait découvrir une grande artiste et toucher du doigt cette notion de "l'art brut".