'Sherlock', le ton est donné : nous sommes à notre époque et Holmes devient donc 'Sherlock', un jeune homme absolument brillant, beaucoup plus proche de nous du coup que le bon vieux Holmes d'antan.
Steven Moffat a donc encore une fois frappé : après nous avoir relooké de façon absolument époustouflante le trouble Jekyll dans la série télévisée du même titre et être désormais à la barre de 'Dr. Who', il nous fait cadeau d'une série de trois films par an (comme pour la nouvelle version britannique de 'Wallander' avec l'excellent Kenneth Brannagh) qui est des plus prometteuses : Moffat a en effet trouvé en Benedict Cumberbatch ('Reviens-moi' et 'Deux sœurs pour un Roi' au cinéma ; mais aussi le célèbre physicien Stephen Hawking à la télévision), le Sherlock d'aujourd'hui idéal : hautain, incisif, décapant et passionné par les nouvelles technologies ; il est bien toujours encore célibataire, vit chez sa logeuse (Una Stubbs), travaille comme détective consultant auprès de Scotland Yard et continue de faire montre de son tact légendaire, mais par contre il écrit désormais des blogs et ne fume plus du tout la pipe, tentant au contraire d'arrêter de fumer (il faut bien s'adapter un tout petit peu au monde moderne !).
Le seconde un Dr. Watson qui revient, comme il se doit, d'Afghanistan (les Anglais y étant à nouveau actifs) qui est quand même un peu dépassé par le personnage et les évènements qui se précipitent dès que Sherlock est dans le coin et que joue délicieusement Martin Freeman ('The office', 'H2G2', 'Hot fuzz' et 'Bilbo le Hobbit') ; c'est l'homme ordinaire aux côtés du génie sociopathe ; il n'a pas de génie propre, mais sait stimuler celui de Holmes trop souvent retiré dans son palais mental.
Le frère de Sherlock, Mycroft (Mark Gatiss, vu dans 'The league of gentlemen' ou 'Dr. Who' ; c'est en fait un romancier et scénariste et c'est lui qui a cocréé la série avec Steven Moffat), le légendaire inspecteur Lestrade (Rupert Graves, vu dans 'V pour vendetta', 'Joyeuses funérailles' et 'We want sex equality') et bien sûr l'inusable Pr. Moriarty (Andrew Scott, vu dans 'John Adams' et en Paul McCartney dans 'Lennon naked') sont, je vous rassure, également toujours encore de la partie dans ces trois nouveaux épisodes de 'Sherlock' : 'Un scandale à Buckingham', 'Les chiens de Baskerville' et 'La chute du Reichenbach'.
'Un scandale à Buckingham' (inspiré d''Un scandale en Bohème') : Watson tient désormais son propre blog, très lu d'ailleurs, et qui vaut à nos deux héros de se retrouver vite fait à Buckingham où quelqu'un de la famille royale semble craindre la publication sur Internet de certaines photos très compromettantes détenues par la dominatrice Irène Adler (la très troublante Lara Pulver, vue dans 'Robin des bois, saison 3', 'True blood, saisons 3 et 4', 'Mi-5, saison 10') qui va beaucoup impressionner notre puceau des sentiments...
'Les chiens de Baskerville' (avec un 's' cette fois-ci) : au Dartmoor, des rumeurs courent sur les recherches et les expérimentations auxquelles se livrent les militaires et les chercheurs d'un centre très secret près duquel un incroyable molosse sèmerait la terreur...
'La chute du Reichenbach' (inspiré du 'Dernier problème') : le Pr. Moriarty, qui a réussi à mettre au point quelques lignes de code permettant de faire sauter tous les verrous (il en fait d'ailleurs immédiatement la preuve en déverrouillant les systèmes de sécurité de trois des endroits les plus sécurisés du Royaume), sort de l'ombre et fait de Holmes un imposteur, un homme ordinaire, un menteur et un affabulateur, menaçant de détruire définitivement le mythe...
Totalement exceptionnel, cet épisode est le plus étourdissant de la série à ce jour : il met face à face un Holmes décontenancé et un Moriarty véritablement glaçant (superbe composition d'Andrew Scott) unis dans un même effort désespéré de triompher l'un de l'autre : et si la liberté ne se trouvait que dans la mort ?
Petite nouveauté : cette fois-ci, ce sont les indices que relève Sherlock (épisode 1), mais aussi le contenu des SMS qu'il reçoit (épisodes 2 & 3) qui apparaissent à l'écran sous forme de courts textes artistiquement 'déposés' ici et là sur les images.
Un épisode entier consacré à Irène Adler, une audacieuse resucée de la plus mythique aventure de Holmes et un autre volet tout entier voué au génie du Mal qu'est le Pr. Moriarty, font de cette deuxième livraison des toutes nouvelles aventures de l'homme aux grands airs mystérieux un must absolu et total qui se conclut par un 'cliffhanger' d'exception comme nous n'en avions plus vu depuis longtemps. Et si les ordinateurs portables, les tablettes et les smartphones ont définitivement remplacé les brumes victoriennes des Holmes d'antan, l'ingéniosité de ces nouvelles aventures extravagantes de notre détective préféré en fait un véritable régal pour ceux qui justement ne souffrent pas trop du changement de décor et d'ambiance : Sherlock est bien Holmes et devrait notamment ravir les jeunes. Si le strict génie de Steven Moffat vous avait échappé jusqu'alors, il est temps de vous rattraper et de vous régalez de ces nouvelles aventures du plus célèbre détective de la planète, qui, bien qu'elles ne bénéficient pas tout à fait du même budget que les nouveaux Holmes du grand écran signés de Guy Ritchie, font preuve d'une formidable inventivité et d'un humour sacrément mordant. Ne ratez pas ça pour un Empire !