La "Suite de Lemminkaïnen" fut composée entre 1893 et 1896, après le succès de "Kullervo" (vaste poème avec solistes vocaux et choeur) et raconte également les aventures d'un héros de légende kalévalesque.
Le jeune Lemminkaïnen est un ardent séducteur qui poursuit les "belles aux cheveux nattés". Il ose enlever la jolie Kyllikki qui lui résiste, et devra accomplir divers exploits pour conquérir la fille de Pohjola : notamment tuer le cygne noir qui hante les eaux de Manala, le Royaume des enfers.
Mais il échoue et finit déchiqueté dans le courant du fleuve, où sa mère récupérera les parties de son corps pour le reconstituer.
Fatigué par ses turpitudes, le héros revient au pays.
Par ses dimensions, sa structure et le travail des motifs mélodiques, cette Suite en 4 parties pourrait constituer la symphonie n°0 de son auteur. Le "cygne de Tuonela" a acquis une notoriété indépendante grâce à son célèbre solo du cor anglais.
L'harmonie et l'instrumentation y trahissent une nette tentation wagnérienne, notamment dans le 1° volet.
L'interprétation de Sir Charles Groves ne peut prétendre à la splendeur sonore qu'obtenait Eugene Ormandy aux commandes de son fabuleux Orchestre de Philadelphie, mais sa lecture sobre et narrative s'avère tout aussi recommandable.
"La Tempête" est une musique de scène composée en 1925-26 pour le Théâtre royal de Copenhague.
L'étonnant Prélude évoque la furie des flots de façon quasiment abstraite, mais très intimidante.
Les deux Suites font défiler des tableaux davantage descriptifs que narratifs, exhalant une poésie quintessenciée (sublime Intermezzo) dont l'alacrité est toute shakespearienne (ironique "chanson de Calibran", et une "humoresque" narquoise).
Groves flatte subtilement le lyrisme délicat de ces miniatures raffinées à l'extrême.
Les divers opus qui complètent le programme révèlent que le langage de Sibelius savait s'imprégner des influences de son temps : "Dryades" aux relents debussystes ; "Intermezzo dansé", petit bijou aux reflets tchaïkovskiens ; une carillonnante "Chanson du printemps" d'une chaleur brahmsienne.
Et "In memoriam" : marche funèbre étonnamment mahlérienne, écrite à Vienne en 1905. Est-ce un hommage au compositeur autrichien, dont on sait que les vues esthétiques différaient sensiblement de celles du Finlandais ?
Saluons finalement la prestation de la Philharmonie de Liverpool : ces enregistrements réalisés voilà plus de trente ans n'ont pas pris une ride, et constituent une compilation engageante pour approfondir sa connaissance de l'oeuvre sibelienne.