Terrible : une moitié de cet album lui donne des airs de chef-d’œuvre, l’autre en fait une bouse innommable et il illustre à lui seul tous les hauts et les bas par lesquels les Beach Boys ont pu passer dans leur carrière. La mauvaise moitié, à jeter séance tenante, c’est bien sûr celle où le groupe se laisse aller à du n’importe quoi, des textes complètement gnan-gnan et balourds :
« Disney Girls (1957) » de Bruce Johnston (qui devient ici le Forrest Gump du rock), l’affreux
« Student Demonstration Time », remake crétinoïde de
« Riot In Cell Block Number Nine » des Coasters par le dangereux incompétent Mike Love, le déroutant
« Take A Load Off Your Feet », chanson où le pauvre Alan Jardine parle de prendre soin de ses pieds (et il écrit avec !), le massacre de
« A Day In The Life Of A Tree », chanté d’une voix de casserole rouillée par Jack Rieley, auteur du texte et alors manager du groupe... Signe qui ne trompe pas, d’ailleurs : Dennis Wilson n’a pas participé à l’écriture du disque et n’y joue que très peu.
L’autre moitié, donc, on la trouve dans les étonnantes compositions de Carl Wilson, qui s’est surpassé avec
« Long Promised Road » et
« Feel Flows », même si les textes sont un peu verbeux et les lignes de cocaïne jamais très loin. Et puis, il y a la toute fin du disque, les prodigieux
«’Til I Die » (peut-être la chanson la plus émouvante jamais écrite par Brian Wilson, alors au plus mal) et le formidable
« Surf’s Up », repêché dans les décombres de
Smile et qui donne son titre à un album qui, au départ, aurait dû s’appeler
Landlocked et représente certainement le plus triste qu’on puisse entendre dans la discographie du groupe. Superbe pochette, néanmoins, mais tout aussi déprimante que le contenu.
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story