Suite à une menace nucléaire, de jeunes anglais prennent l'avion pour être mis à l'abri . Un crash les contraint à devoir apprendre à
survivre seuls , sans adultes . Rivalité , pouvoirs , lutte pour la nourriture , triomphe des plus forts sur les plus raisonnables , l'innocence de ces enfants va très vite être mise à rude épreuve et l'apocalypse qu'ils fuyaient aura finalement lieu sur une île déserte .
On cite souvent le
Lolita de Kubrick comme étant le summum de l'adaptation littéraire portée au grand écran . Celle de Peter Brook du roman de Golding est du même acabit.
Tourné avec un budget ridicule , un générique austère entièrement composé de photomontage sans musique , et des acteurs non professionnels , la puissance philosophique du livre s'en trouve décuplé par un langage cinématographique impeccable .
C'est ainsi que l'histoire de l'humanité se rejoue sur cette plage . Parmi nos jeunes Robinson , deux leaders émergent : Ralph , un jeune garçon sensible , aux traits presque féminin , qui souhaite organiser la vie sur l'île selon les principes de la démocratie britannique et Jack , plus robuste , plus viril qui détient les secrets du feu et, qui armé d'un couteau , fabrique des armes permettant de chasser et de se défendre .
Face aux problèmes que posent la survie sur une île déserte , nos chères têtes blondes vont progressivement abandonner Ralph pour sombrer dans la sauvagerie .
Les acquis de la civilisation disparaissent progressivement à l'image des costumes d'écoliers , le vernis de la culture s'écaille et laisse place à des pratiques barbares .
Rousseau disait que le plus fort n'est jamais assez fort s'il ne transforme pas sa force en droit . Jack , une fois assis dans sa position dominante sur le groupe va organiser une véritable chasse aux sorcières qui se finira dans l'horreur .
C'est ainsi que Ralph l'idéaliste , Simon le doux rêveur et Piggy le petit gros intello vont être désignés comme boucs émissaires et persécutés de manière terrifiante .
A l'aube d'une campagne présidentielle qui promet la nausée et les mains sales via la stigmatisation des pauvres et des étrangers , Sa majesté pose les bonnes questions : Une démocratie peut-elle survivre à ses idéaux de liberté et d'égalité en cas de crise majeure ?
Sans effets spéciaux , avec un refus intègre du spectaculaire , Sa Majesté aligne des scènes d'une intensité hallucinante : voir des enfants éduqués régresser à l'état sauvage et mettre à mort l'un des leurs en pleine hystérie collective m'a profondément choqué .
Brook explique dans les suppléments avoir traumatisé par son film , au point qu'il souhaita rencontrer 20 ans après les jeunes acteurs du film pour mesurer l'impact sur leur vie . On apprendra ainsi que Jack , la brute du film avait sombré dans la délinquance , Ralph était devenu acteur , Simon militant écologiste , et Piggy ...chef d'entreprise . Preuve que Brook avait décelé chez ses acteurs leur essence profonde . On apprend ainsi que les larmes que verse Ralph lorsqu'il réalise le cauchemar qu'il a vécu sont réelles , que la danse hystérique sur la plage n'était pas feinte et que Brook en a été lui même terrifié.
Bourré de références littéraires allant de Robinson à Rousseau en passant par Hobbes et Levi Strauss , le film peut s'apprécier sans connaitre ces oeuvres . Comme
La Ferme des Animauxd'Orwell sa simplicité et sa fluidité permet à n'importe quel spectateur , quel que soit son âge , de réfléchir autour de la nature humaine et la société dans laquelle il évolue . Le DVD comporte de nombreux bonus pédagogiques destinés aux professeurs des écoles .
Un dernier mot sur la photographie magnifique qui permet de ranger Sa Majesté à côté de
La Nuit du chasseur, un autre grand film d'enfants .