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3.0 étoiles sur 5
Bol de sang frais,
Par Goldeneyes (Paris) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sable noir, Tome 2 : Vampyres (Poche)
Succédant au projet Sable Noir qui avait regroupé, autour d'une même table, une jolie brochette d'écrivains - Andréa H. Jappe, Maud Tabachnik, Jean-Bernard Pouy, François Rivière, Xavier Mauméjean, Denis Bretin - et de réalisateurs - Olivier Mégaton, Doug Headline, Xavier Gens, Eric Valette, Harry Cleven, Samuel Le Bihan - mettant en commun leurs efforts, plumes et caméras, sueurs et idées, pour adapter en courts métrages des nouvelles écrites autour d'une même thématique fantastique, et fort du succès de cette première mouture, l'alliance insolite est reconduite en 2009 pour un nouveau projet sur la base d'une nouvelle équipe et d'une thématique plus inscrite dans l'ère du temps : les vampires. Six écrivains font donc du coude à coude pour livrer six nouvelles prenant pour cadre la mystérieuse ville de Sable Noir et tourner leur imaginaire vers le vampirisme. Ces six nouvelles, publiées en livre de poche, sont ensuite portées à l'écran, format courts métrages, et, c'est là la nouveauté, adaptées en bande-dessinées. La formule paraît donc prometteuse, et le lecteur enclin au plic ploc purpurin de l'hémoglobine, de se pourlécher les babines :
Six nouvelles. Six courts métrages. Six BD. Cacher-moi donc ce sang, que je ne saurais voir... Premier texte à ouvrir le bal, Dans la peau, de Caryl Ferey, où l'on suit deux jeunes playmates, Sarah et Sherryl, bimbos aux formes généreuses et au cerveau étroit, prétendument actrices, tout du moins actrices en devenir qui tardent à l'être, cherchant à passer du bon temps pour pas cher durant leurs vacances sur la côte. Prises en autostop par Marco, un bellâtre mystérieux au regard cristallin et à la chevelure gominée, elles finissent par échouer dans une méga-party organisée dans un club privé. La musique pulse à fond sous les voûtes de ce caveau criblé de lumières stroboscopiques, du Drum and Bass qui ronronne en faisant vibrer les corps élastiques déjà fortement avinés. Ça snif et ça se biture à tout va. Ça s'enfourche à toutes les encoignures. Et le propriétaire des lieux, un certain Coleman, à la beauté irréelle, lustrale, trop pure pour être vraie, au sourire Colgate bi-fluor actif, ne tarde pas à faire tomber dans ses filets l'innocente et pulpeuse Sherryl, blonde pétulante du duo déluré. Mais rapidement, la fête tourne à l'étrange. A l'inquiétant. Au ça sent mauvais. Les convives liquéfiés dans des postures lascives, vautrés dans une luxure à peine tamisée, portent d'étranges masques, leurs regards perçant convergent vers Marco et Sarah avec une insistance fâcheuse, et la lueur qui papille dans le fond de leurs yeux translucides n'est pas franchement rassurante. Marco et Sarah, déguerpissent donc fissa, mais se perdent dans les back-room labyrinthiques de ce club sans sortie. Vision d'horreur lorsqu'ils découvrent Sherryl, affalée sur le lit du prince des lieux. Pas au mieux de sa forme. Fuir. Il faut fuir. Et ce n'est plus une foule de fêtards en furie qui se lance à leurs trousses, mais une armée de créatures aux canines effilées... Ouverture trash, dévergondée, au ton clairement relâché. Glissé dans la peau de Sarah, la narratrice, tête froide de ce duo en chaleur, Caryl Ferey croque les vampires sur le mode méga-party. C'est fun. Ça ne se prend à aucun moment au sérieux. Les dialogues se bousculent en enchérissant dans une pétulance joyeuse. Ça se dévore en une bouchée, comme un pavé de steak tartare, en nous laissant un sourire goguenard sur le visage. Second office, De Sang frais, saignée Brigitte Aubert. Franck Marvel vient d'atterrir, avec sa petite famille, dans un patelin paumé sur la côte bretonne : Sable Noir. Ancien paparazzi tentant de rompre avec une vie de bobo parisien où la coke et l'alcool constituaient le pain quotidien, Franck se refait une santé à la fraicheur des embruns. Journaliste dans le bulletin local, il couvre des évènements d'une platitude ectoplasmique. Jusqu'au jour où il découvre un cadavre échoué sur la grève. La mort est pour le moins violente : on a arraché le caeur de la jeune victime. Il ne reste de sa poitrine qu'un gros trou béant où l'eau s'engouffre. Les policiers enquêtent et, pas franchement besogneux, laissent l'affaire sans suite. Jusqu'à ce que survienne un second crime. Le mode opératoire se révèle le même. Franck se frotte les mains. Il tient là le sujet qui promet de le parachuter en tête de la pyramide médiatique, et sa queue de journaliste en mal de scoop en frétille d'allégresse. Les indices parlent d'eux-mêmes et orientent clairement l'enquête sur la piste d'un tueur en série. Un troisième crime, encore : un gamin à la poitrine perforée, laissant apparaître une cavité d'où l'on a extrait le caeur. Les soupçons de Marc se tournent vers Norman, vieux médecin de la petite communauté autarcique, collectionneur de croix christiques. Est-il vraiment le coupable ? Quel serait son mobil ? Marc ne tardera pas à le découvrir, peut-être à ses dépends. Nouvelle du recueil qui prend la tournure d'une enquête policière. L'ambiance est marine, humide. Il fait froid, il vente, il pleut constamment à Sable Noir, bout de cailloux accroché au-dessus de l'océan, exposé aux bourrasques de la marée, et les villageois, cloitrés dans une impavidité inquiétante, forment une populace qui ne laisse rien présager de bon. Nouvelle à chute, De sang frais se lit bien et se lit vite, notamment pour son cadre bien campé, à l'aura mystérieuse, et son personnage central de Marc, ancien chasseur de scoop reconverti qui tiendra là, peut-être, matière à relancer sa carrière, ou à y mettre un terme définitif... Troisième donation, Le Vrai du Faux, de Thierry Jonquet. Incontestablement la nouvelle la mieux écrite du recueil. Dans le petit village excentré de Sable Noir, un propriétaire anglais, Lord Stocker, loue son manoir à des couples de riches excentriques qui laissent libre cours à leur imagination érotique sans limite. Au grand bonheur de Cristoferli, vieux retraité lubrique, dont la maison, sise précisément en face du manoir, ouvre une vue plongeante et imprenable sur la baie vitrée du grand salon où se jouent les ébats sulfureux. Là encore, des crimes sanglants viennent perturber la quiétude du petit village. Les locataires masculins du manoir - Renfield, Tepes, et Harker - sont retrouvés morts aux petites lueurs de l'aube. Quant à leurs demoiselles, Sarah, Lucy, et Mina : envolées, disparues sans laisser la moindre trace. Et les hypothèses, au sein des villageois, ne manquent pas de circuler... On sait pourtant que la nuit du trois décembre, à Sables Noir, il faut rester calfeutré chez-soi, et ne sortir sous aucun prétexte. Consignes élémentaires que les couples d'étrangers insouciants n'ont de toute évidence pas respecté. Imprudence préjudiciable s'il en est... Le ton est résolument drôle, cocasse, mordant, les dialogues brillent d'une intelligence sournoise, les situations et les personnages sont croqués d'une plume alerte et malicieuse. On se fend d'un large sourire à plus d'une reprise, et les interventions de la figure du curé du village, ancien aumônier de la légion étrangère, qu'on imagine comme une sorte de Rambo en soutane, au verbe grossier, au franc parlé grivois, qui résume les choses et le monde en mots très simples sans s'encombrer de la réserve que lui impose son sacerdoce, ne manquent pas de venir pimenter cette agréable histoire de faux vampires. Un petit régal dont on se délecte sans modération. Quatrième offrande, La Maison sur la Colline, d'Ann Scott. Seule nouvelle véritablement hors-sujet du recueil. Où l'on suit les pérégrinations d'une jeune femme dont la mère, célèbre et riche actrice, mariée à un banquier, récemment divorcée, a fait l'acquisition d'une imposante propriété perdue à la périphérie d'un village coupé du monde : Sable Noir. Ayant durant des années délaissé sa fille au profit de sa carrière, la mère compte bien rattraper le temps perdu en invitant cette dernière à venir vivre dans la demeure nouvellement acquise. La complicité s'installe rapidement. La jeune narratrice apprend à connaître cette mère qui ne l'a jamais été. Jusqu'au jour où un accident met fin à cette douce relation. Résolue à préserver la propriété de la vente, la jeune femme combat la volonté de son père uniquement... Lire la suite › Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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