Malgré les anthologies remarquables des Vivica Genaux, Andreas Scholl et Philippe Jaroussky, respectivement consacrées à Farinelli, Senesino et Carestini, le répertoire virtuose écrit au siècle des Lumières pour les castrats demeure largement méconnu. En témoigne le présent coffret, où Cecilia Bartoli propose une dizaine d''inédits du plus grand intérêt, puisant dans ce qui fut le répertoire des élèves de Porpora (notamment Caffarelli, Farinelli et Porporino). On s''en doute, la virtuosité la plus folle est ici au rendez-vous, et la diva avoue n''avoir jamais chanté rien de si difficile (jusqu''à trente mesures de coloratures dans le sensationnel Cadro, ma qual si mira du napolitain Araia ). Débordante de vie et de fureur, cette musique, loin d''ennuyer ou de fatiguer, transporte et captive l''auditeur, qui retient son souffle quand Cecilia Bartoli déploie le sien, d''une longueur exceptionnelle. Même dans les arias plus décoratives, comme l''Usignolo sventurato de Porpora, les interprètes savent toujours maintenir la tension et relancer le discours, sans pour autant recourir à des effets faciles. Les airs de tendresse ou d''affliction séduisent encore davantage s''il est possible, Cecilia Bartoli n''hésitant pas à les chanter piano de bout en bout, admirablement soutenue par un orchestre attentif aux moindres détails. En complément, Decca offre un dictionnaire illustré des castrats et un second disque où figurent trois airs déjà connus, dont le Son qual nave de Broschi (rendu célèbre par le film Farinelli, il castrato), que Bartoli enrichit d''une reprise ornée très imaginative. Une réserve, tout de même, pour la présentation : intituler pompeusement cette anthologie Sacrificium, plusieurs images d''outils de castration à l''appui, semble relever davantage d''une stratégie de marketing sensationnaliste que du désir de rendre hommage aux garçons qui furent victimes de cette pratique révolue.